Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/122

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l’homme et la terre. — inde

traste nettement, aspect du sol, géologie, ethnologie, histoire, et l’on se trouve amené par l’enchaînement des choses à les traiter à part.

Il est probable que l’Inde méridionale eut, aux époques préhistoriques, les populations les plus actives, les plus avancées en culture, grâce à ses ports naturels, aux îles qui en diversifiaient les contours, aux facilités de navigation qui, depuis les temps les plus anciens, la mettaient en relations avec les insulaires des archipels malais, avec les indigènes des côtes arabes et africaines. L’alternance des moussons, réglant d’avance le va-et-vient du commerce, sollicitait les riverains de la mer des Indes aux découvertes lointaines, aux visites de peuple à peuple, aux échanges réguliers des denrées et des marchandises. Le rythme des vents et des courants marins scandait les allées et venues des trafiquants, promettant aux équipages de les ramener dans la patrie après un certain nombre de semaines ou de mois ; on n’avait qu’à se laisser porter par le flot en calculant chaque jour les probabilités du voyage. Ce phénomène régulier du renversement des vents devait être, dès les premiers âges de l’humanité, le mieux connu par tous les habitants du littoral : leur genre de vie, leurs mœurs, leurs mouvements et même leurs actes en dépendaient. Un fait aussi dominateur que celui des « saisons » ou moussons successives, ayant chacune son courant atmosphérique distinct, ne pouvait échapper à aucun de ceux qui vivaient conformément à ce rythme de la nature, et la découverte d’Hippale, relative à la libre navigation du large sous le souffle des moussons alternantes, ne fut une découverte que pour les Grecs, habitués aux voyages dans la Méditerranée, parcourue de vents capricieux en apparence.

A des Arabes ou des Somal venus des terres arides, limitrophes du désert, combien devaient sembler admirables ces beaux rivages du Konkan et du Malabar, avec leurs villes blanches entrevues dans la verdure épaisse des manguiers au-dessous des palmes épanouies ! Aussi en racontaient-ils les merveilles avec enthousiasme. Grâce à eux, le seul nom de l’Inde suffisait pour évoquer dans l’esprit de leurs auditeurs tout un monde de prodiges : chez les Occidentaux ce mot était synonyme des trésors infinis provenant de la nature et de l’art : or, perles, ivoires, diamants, riches parures de plumes et de coquillages, fines étoffes de coton, de laine et de soie. En outre, on attribuait aux magiciens de l’Inde le pouvoir de créer par leurs incantations des