Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/202

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l’homme et la terre. — inde

alors pour être la borne du monde civilisé à l’entrée des pays barbares. Ayant traversé à nouveau les monts qu’il appelait le Caucase, cette fois par le col de Bamian, il ne lui restait plus qu’à descendre vers les plaines de l’Inde par la vallée du Kophen ou rivière de Kabul. Une partie de son armée s’engagea en effet sur cette route historique, le chemin par excellence de l’Inde : toutefois, entraîné par sa vanité, Alexandre s’arrêta pour guerroyer dans le pays que l’on s’imaginait être la patrie de Dionysos et d’Hercule, parce que la vigne sauvage y croît en abondance[1]. Là s’élevait ce rocher mystérieux d’Aornos, « Sans oiseaux », si haut que l’aile de l’aigle ne pouvait l’atteindre et que le puissant Hercule ne put le gravir : mais Alexandre « plus grand que les dieux » ne manqua pas d’en triompher.

Les connaissances géographiques des compagnons d’Alexandre étaient trop imparfaites pour qu’il soit possible de reconstituer les itinéraires de cette partie de l’expédition fameuse ; mais la pointe qu’il poussa dans l’intérieur de l’Inde, au delà du grand fleuve, ne pouvait s’accomplir que par la route même qu’indique supérieurement la nature et qui, de tout temps, avait été prise par les prédécesseurs du Macédonien, comme elle le fut aussi par tous ses successeurs. Il lui fallait franchir l’Indus immédiatement en aval du confluent de la rivière de Kabul, à l’endroit où le large courant venant de l’est réunit ses flots errants dans la plaine pour s’engager dans une étroite cluse aux inabordables falaises[2]. Vers l’origine de l’étranglement, indiqué sinon par un tracé rigoureux et inflexible du moins dans sa direction générale par le mouvement du sol, le groupement des populations et la position des cités, l’itinéraire de l’expédition devait être sensiblement parallèle aux arêtes de l’Himalaya et à tout l’ensemble orographique des avant-monts, des talus, des coulées qui s’épandent dans la plaine et les espaces déserts incultivables qui se prolongent au sud. Les routes qui se tracèrent sous les pas des caravanes et des armées, l’ancienne « Route royale » et, depuis le milieu du XIXe siècle, la ligne du chemin de fer suivent toutes cette direction normale, imposée par l’architecture même et le climat de l’Inde.

Cunningham a retrouvé les ruines de la première ville traversée par Alexandre à l’est de l’Indus : elle portait alors le nom de Tak-

  1. Wilson, Ariana, p. 193.
  2. Voir carte n° 241, p. 151.