Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/205

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retour du macédonien

De même qu’Alexandre voulait faire oublier les expéditions antérieures des Perses dans l’Inde, de même il voulut rejeter dans l’ombre toute expédition maritime ayant précédé celle de son lieutenant Néarque : en toute chose, il lui fallait être le premier. Et, fait qui pourrait sembler extraordinaire, si les foules n’étaient facilement subjuguées par qui les violente, la postérité crut longtemps Alexandre sur parole ! Les historiens sont encore presque unanimes à célébrer le roi macédonien comme le conquérant qui ouvrit aux Occidentaux les portes de l’Inde ; ils négligent aussi de mentionner le voyage de Scylax pour reporter le mérite de la navigation première sur un compagnon d’Alexandre ; c’est aussi à ce Néarque, qui navigua pendant quelques mois seulement sur la mer d’Oman et le golfe Persique, que d’aucuns attribuent la découverte du régime des moussons[1]. D’après les auteurs, on eût dit également que la traversée de la stérile Gedrosie était un exploit sans exemple, puisque la souveraine légendaire, Sémiramis, puis Cyrus, s’étant aventurés en cette redoutable contrée, y auraient perdu les multitudes qui les suivaient.

Après Alexandre, sous la domination des Séleucides, les relations devinrent presque fréquentes entre les Grecs et les Hindous ; il est certain même qu’il n’eut aucune solution de continuité au point de vue historique et que les satrapies instituées par Alexandre sur l’Indus furent maintenues par son successeur à l’occident du grand fleuve[2] et pourvues de nouveaux titulaires. Mais une modification profonde venait de se produire dans l’équilibre politique de l’Inde septentrionale. Un monarque puissant, Tchandra-Gupta, le Sandracottus des Grecs, qui résidait à Pataliputra (Palibothra), la moderne Patna, au confluent de la Gangâ et de la Son, avait réuni sous son pouvoir toutes les populations du bassin gangétique et ses armées s’avançaient vers le bassin des Cinq rivières : Seleucus comprit qu’il aurait affaire à trop forte partie s’il essayait de défendre les conquêtes d’Alexandre. Il fit évacuer la région du Pendjab et céda tous les districts de la plaine au sud des passages du Paropamisus, en échange de l’amitié de Tchandra-Gupta et d’un cadeau de cinq cents éléphants, précieux appoint dans ses guerres contre les autres héritiers du Macédonien. À titre d’allié, il envoya son ambassadeur Mégasthènes

  1. Leop. von Ranke, Weltgeschichte, I, p. 213.
  2. Bunbury, ouvrage cité, p. 554.