Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/214

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
198
l’homme et la terre. — inde

grec, à en juger par son nom, Hippale, qui attacha sa mémoire à cette conquête commerciale, et l’on imagine qu’il faut en fixer la date à la deuxième moitié du premier siècle du comput vulgaire, puisque Pline, qui la mentionne le premier, se sert de l’expression his annis comperta, (VI, 23.) Hippale choisit d’abord comme point de départ le promontoire Syagrius de la côte méridionale d’Arabie, le ras Fartak des riverains actuels, et se lança directement vers la côte de la péninsule hindoue ; mais, enhardis par la réussite, d’autres navigateurs appareillèrent en des ports plus rapprochés de l’Égypte, au sortir de la mer Rouge ou au promontoire des Aromates (cap Guardafui), et prirent pour but tel ou tel marché de la côte de Konkan ou du Malabar, suivant les marchandises qu’ils portaient et les denrées qu’ils allaient charger.

On pourrait identifier les ports où ils abordaient par la nature des objets qu’ils demandaient aux trafiquants : ainsi le poivre et les perles provenaient certainement de l’Inde méridionale, tandis que les soies de la Chine ne pouvaient être obtenues que sur les marchés du nord, approvisionnés par les marchands « scythes » de la Bactriane. Des témoignages directs, entre autres celui de Marinus de Tyr, établissent que le terme le plus habituel des voyages était un port de la côte occidentale : cependant des navires doublaient aussi le cap Comorin, le « Kumâri » de la géographie sanscrite, et remontaient jusqu’à l’emporium de la Gangâ, peuplé par les « Gangarides » : la capitale de la contrée était alors Varddhamâna, la « Florissante », la Bardvân de nos jours[1].

On évalue à plus d’une centaine les navires qui, bon an, mal an, passaient le détroit de Bab-el-Mandeb pour aller trafiquer sur les côtes de l’Inde, et divers documents parlent des passagers grecs qui furent ainsi transportés en grand nombre dans l’Inde, médecins, architectes, peintres, sculpteurs, artisans de tous métiers, mais surtout musiciens, musiciennes et courtisanes pour les harems des radjahs. Des colonies de marchands juifs et, plus tard, de marchands chrétiens se fondèrent ainsi sur le littoral de la péninsule dravidienne. Pline[2] essaie de chiffrer la valeur du commerce qui se faisait de son temps entre l’Empire romain et l’Inde. Les exporta-

  1. Vivien de Saint-Martin, ouvrage cité, pp. 293, 312.
  2. Pline, vi, 23, 7, 110.