Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/220

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l’homme et la terre. — inde

cérémonies pompeuses et les processions solennelles des prêtres de Rome et de Lhassa aient été reçus en héritage, soit des prêtres de Jésus, soit des moines retirés dans la forêt de Gaya ; c’est donc ailleurs qu’il faut chercher les fastueux modèles des prélats de nos jours à l’Orient et à l’Occident. N’est-ce pas encore vers Babylone, vers Suse et Ecbatane que l’on doit se tourner pour y découvrir les origines de ce rituel, conservé de part et d’autre avec un si fidèle respect ? Que de fois la différence des noms fait illusion relativement à la ressemblance des choses !

Du côté du nord, le mouvement de propagande de l’Hindouisme, avec ses idées et ses religions diverses, ne pouvait se faire qu’avec une extrême lenteur, le haut rempart des montagnes parallèles, aux âpres froidures, se dressant en obstacle presque infranchissable. Néanmoins, le travail s’accomplissait de proche en proche, et même les effets en étaient d’autant plus durables qu’ils se produisaient chez des populations auxquelles leur milieu donnait un caractère plus lent et plus tenace. Ainsi le pays du monde où la religion bouddhique, sous une forme du reste très différente de celle des premières communautés de Benarès, est le plus solidement assise, le Tibet, ne reçut les premiers missionnaires que mille ans après le Buddha, et le premier temple n’y fut bâti que deux cents ans plus tard. Mais où la nature ne posait pas de si difficiles barrières, l’élan de vie fut bien autrement rapide. Si les montagnes étaient presque impossibles à franchir là où elles opposaient leur masse dans toute sa largeur, le col de Bamian offrait un passage relativement facile, et les pèlerins bouddhistes s’y pressaient, allant à la conversion du monde. Bien avant la période chrétienne, ce passage était fréquenté par les missionnaires qui se rendaient vers les pays lointains de la Tartarie : de nombreuses dagoba montrent de distance en distance leur fin profil de cloche le long de la route, tenue alors pour sacrée. Ce col paraissait une brèche providentielle ménagée par les bons génies d’un monde à l’autre monde.

Mais tandis que la religion nouvelle se propageait dans les pays éloignés, elle cessait d’exister dans l’Inde continentale, du moins dans ses formes officielles. Peut-être pourrait-on, néanmoins, classer parmi les bouddhistes les Djaina ou « triomphateurs » qui comprennent un peu plus d’un million d’individus, vivant presque en dehors de