Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/318

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l’homme et la terre. — barbares

monde et vers quel point de l’espace il se trouvait. Ce chaos apparent, cet effondrement du genre humain fut l’œuvre de peuples appartenant à toutes les races d’Europe et d’Asie, car les bornes du monde œcuménique étaient désormais rompues, et la période de
Musée de Namur.Cl. Rosbach fr.
bijou franc
trouvé à Pry, près Walcourt
(Ardenne belge).
l’histoire qui commençait devait englober peu à peu toute l’humanité dans son évolution.

Au travail de dissolution qui s’était accompli dans l’intérieur de l’empire, par l’incessante action d’une société nouvelle essayant de se dégager des institutions de l’ancien monde, répondait depuis longtemps le travail de destruction directe : les assaillants du dehors venus par poussées successives des parties les plus lointaines de la terre habitable avaient maintes fois franchi les frontières. Deux cent cinquante années après le « tumulte » gaulois, les Cimbres et les Teutons étaient entrés fort avant dans le cœur des possessions romaines et l’on avait tremblé devant eux comme devant Hannibal, mais après ce grand effroi, cinq siècles s’écoulèrent avant la catastrophe finale. Les généraux de Rome gardèrent longtemps la part de l’attaque, franchissant le Danube ou le Rhin ; après Antonin et Sévère pourtant, le reflux s’était opéré de plus en plus menaçant et, par des attaques sur un point dégarni du pourtour de l’empire, par des révoltes de soldats mercenaires ou par la presse trop indiscrète de peuples faméliques venant demander des terres, l’empire était obligé de se tenir sur la défensive.

Il est certain que les « barbares » méritent bien le nom sous lequel on les désigne en les comparant aux Romains et aux nations qui s’étaient romanisées sous leur influence, telle la nation des Gaules ; cependant on commettrait une grande erreur en s’imaginant que les envahisseurs de l’empire romain ignorassent tous métiers et que les