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dissolution de l’empire et société nouvelle

arts de la paix ne fussent pas aussi représentés chez eux. Quand on étudie le musée franc de Namur et d’autres collections analogues, on est frappé de la beauté d’exécution à laquelle s’étaient élevés les artisans de la peuplade germanique établie dans les pays de la Meuse.

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Musée de Namur.Cl. Rosbach fr.
bijoux francs.
trouvés à Rognée et à Pry
(Ardenne belge).

Les bijoux en forme d’oiseaux, les fameux prétendus perroquets des tombeaux francs ne sont autre chose que les têtes de rapaces représentées si fréquemment sur les bronzes scythes ukraniens, sur les bronzes « tchoudes » du gouvernement de Perm et sur les bronzes sibériens de l'Altaï[1].

Sans doute, il faut surtout apprécier la belle façon de leurs armes, haches, coutelas, glaives. Le peuple guerrier comme l’étaient les Francs tenait avant tout à posséder une fière et redoutable armure ; mais il faut admirer aussi les ornements émaillés, les boucles et fermoirs, les broches et bracelets,
les peignes élégants avec gaines en ivoire gravé et divers objets qui témoignent de l’expérience et du goût de l’artiste. A l’époque où les Francs ravageaient les villes, les fermes et les ateliers des Gallo-Romains, ils n’étaient pourtant pas de simples destructeurs : ils avaient aussi dans une certaine mesure la connaissance et le goût des arts. Ils portaient avec eux l’héritage de peuples orientaux dont le savoir et les procédés s’étaient transmis par des voies inconnues, de la Grèce et de Rome au nord du Caucase et du Pont-Euxin. Les spécialistes seuls peuvent, en étudiant les trouvailles faites sur le sol des Gaules, distinguer les objets ouvrés par les envahisseurs de ceux travaillés pendant l’occupation romaine.

Les barbares avaient de même obtenu leur faible part de science puisque leurs devins possédaient déjà des runes ou « secrets » lorsque les Romains entrèrent pour la première fois en contact avec eux. Ces marques gravées sur le bois ou sur la pierre paraissent dérivées d’un ancien alphabet italique : si de part et d’autre les peuples s’ignoraient, des porteurs intermédiaires n’avaient pourtant cessé de voyager entre eux.

  1. De Baye, Mémoires de la Soc. nationale des antiquaires de France, vol. LVI, 1907