Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/322

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l’homme et la terre. — barbares

a signalé les écritures runiques dans la vallée de l’Orkhon, près des ruines de Karakorum, et Klementz en a trouvé encore plus au nord, à l’est de la haute Selenga. On croit désormais pouvoir jalonner le chemin suivant lequel s’est propagé cet alphabet runique, probablement de l’ouest à l’est, de l’Europe septentrionale à l’Asie orientale : la grande étape intermédiaire paraît avoir été le pays des Yugor ou la Biarmie (Perm) habité par les marchands fort actifs qui trafiquaient avec la Baltique. La route majeure aurait donc été précisément celle par laquelle les Cosaques envahirent plus tard la Sibérie et qui servit récemment, avant la construction du chemin de fer transsibérien, au va-et-vient des hommes et des marchandises entre les deux moitiés de l’empire.

Le peuple du Yenisseï auquel on attribue l’usage des runes, l’exploitation des mines de cuivre et la fabrication du bronze savait aussi élever les animaux domestiques. Il connaissait le cheval et le montait sans étriers, les dessins rupestres représentent toujours le cavalier comme ayant le pied libre, et, parmi les mille objets découverts dans les fouilles, aucun étrier n’a encore été vu. Ce peuple était agriculteur et pacifique : ses armes étaient fabriquées plutôt en vue de la chasse que de la guerre. Il pratiquait la magie et de grands chaudrons en cuivre servaient aux chamanes du temps pour leurs incantations des génies. Les morts étaient enterrés sous des tombelles peu élevées, entourées de dalles, disposées de manière à former des dessins hiératiques et recouvrant les cavités funéraires et leurs trésors, presque tous mis au pillage depuis longtemps par les colons russes. Des bandes de fouilleurs se sont employées à la recherche de ces buttes tombales pour en vendre les bronzes préhistoriques aux fondeurs, qui les transformaient en grelots, en chandeliers, même en cloches d’églises[1]. Le nom de Tchoudes a été appliqué d’une manière générale à toutes les populations de l’antique Sibérie dont on retrouve les galeries de mines et les tombeaux : on appelait également du même nom les peuplades de l’Europe qui ont laissé les traces de leur séjour sans que l’on connaisse leurs descendants actuels. En Ehstonie, au sud du golfe de Finlande, le lac Peïpus, qu’entouraient des indigènes épars dans les marécages et les forêts, était particulièrement nommé « mer des Tchoudes ».

  1. J. Deniker, Tour du Monde.