Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/332

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l’homme et la terre. — barbares

peu net vers le nord et l’ouest, mais il est suffisamment indiqué. Des cols d’une faible altitude unissent la vallée du Danube à celles du Main et du Neckar et au bassin du lac de Constance ; pourtant les populations qui vivent entre les Alpes et la ligne de hauteur appelée Schwäbischer et Fränkischer Jura, puis Bayrischerwald, ont toujours eu un certain sentiment de leur indépendance géographique.

À l’époque de la migration des barbares, de même que de nos jours, l’Europe centrale était habitée en sa plus grande étendue par des peuples que l’on dit de race germanique en se basant sur la langue qu’ils parlaient et sur la tradition. En réalité, nous ne savons rien ou presque rien sur les caractères somatiques différenciant les peuples que généralement on répartit en groupes sarmate, goth, germain et celte. Ainsi les Vandales sont classés parmi les Germains, pères des Allemands, d’autre part les Vendes, Vénèdes, Vénètes comptent incontestablement dans les rangs sarmates, parents des Slaves, et dont le nom a persisté en celui de Wendes de Lausitz : faut-il considérer comme une simple coïncidence verbale l’analogie des mots Vende et Vandale comme on l’a fait pour Cimbres et Kimri ? De semblables difficultés se rencontrent dans l’étude des origines des Burgondes, des Alains, etc.[1] Il faut croire qu’aux époques de la préhistoire, la notion de race n’avait guère plus d’autorité que de nos jours[2].

En ne considérant donc que des groupes linguistiques, les historiens ont essayé de reconstituer leurs domaines respectifs et d’en présenter la carte approximative avant l’ère des migrations : il en ressort que, d’une manière générale, la division entre Hauts et Bas Allemands existait dès cette époque et s’est maintenue dans son ensemble, malgré les déplacements de toute sorte qui se sont produits. Mais, en aucun temps, depuis que Pithéas les mentionna pour la première fois, vingt deux siècles et demi avant nous, les Germains n’avaient constitué une nation cohérente, ayant conscience de leur unité ethnique et se considérant comme tenus entre leurs diverses peuplades à une certaine solidarité. Il ne semble pas même qu’ils se soient donné un nom générique, car le terme de « Germains » n’était point employé par eux et l’on ne sait pas quel en était le sens originel : « Hommes

  1. André Lefèvre, Germains et Slaves ; — Émile Eude, Cosmos.
  2. Van Gennep.