Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/350

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l’homme et la terre. — barbares

de Rome en étendue et cherchait lointainement à l’imiter : le roi des Ostrogoths, Ermanaric, l’Amalien ou le « Sans tache », était respecté comme maître de tout un monde, et, vieux de plus de cent années, resplendissait d’une gloire devenue presque divine.

C’est contre lui que vint se heurter la marée montante des Huns. Comme les Alains, il fut emporté par le tourbillon avec toutes ses armées. Le rempart extérieur de défense que l’empire ostrogoth constituait pour l’empire Romain se trouva rompu dans toute sa largeur, mais le travail de destruction avait été si laborieux que les Huns en furent presque épuisés et n’avancèrent plus qu’avec lenteur, dispersant les peuples devant eux. Ce n’est pas directement qu’ils prirent part à l’attaque de Rome, c’est par la poussée qu’ils donnèrent aux errants Visigoths et aux cent tribus germaniques. Ils auraient certainement disparu dans la cohue des nations tourbillonnantes si par les traits du visage, la démarche, les mœurs, ils n’eussent été si absolument distincts de tous les peuples de l’Europe : les contrastes de race à race, déterminés par des milliers d’années vécues sous des climats différents, apparaissent avec une évidence telle que Romains et barbares, en face des Asiatiques, se reconnaissaient comme frères d’origine. Les Huns étaient décrits comme des monstres avec leurs grosses têtes plates, leurs joues couturées de cicatrices, leur corps épais et ramassé, leurs jambes arquées par l’habitude du cheval : on les disait volontiers, et en le croyant un peu, « fils de sorcières » et « fils de démons »[1]. Aussi leurs hordes éparses continuèrent-elles de constituer une même nation par le fait de l’aversion générale, et leurs chefs, Bleda, Attila, purent facilement les ramener à l’unité et s’en servir pour fonder un État très éphémère mais plus vaste que celui des Romains, entre l’Altaï et les Alpes.

Attila voulut le compléter du côté de l’Occident et se porta vers les Gaules, saccageant les cités, ravageant les campagnes et grossissant sa propre armée de toutes les armées vaincues. Il traînait avec lui des Ostrogoths, des Alains, des Hérules et des Gépides, mais, devant lui, il rencontrait aussi, unie aux Romains et aux Gaulois romanisés, la nation des Visigoths, peut-être aussi celle des Burgondes et une tribu franque conduite par Merowig[2] : c’était un nouveau choc entre l’Europe et l’Asie. Celle-ci fut repoussée. Attila ne dépassa pas Orléans et le grand

  1. Ammien Marcellin, livre XXXI, ch. 3.
  2. André Lefèvre, Germains et Slaves, p. 70.