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l’homme et la terre. — barbares

migrateurs, Alains et Suèves ou « Somnolents ». Ceux-ci se fixèrent dans les provinces devenues le Portugal et la Galice et s’y maintinrent ; ceux-là, pendant un temps en Andalousie, se joignirent à nouveau aux Vandales quand, sur la pression des Visigoths et aidés par la dissension des généraux romains, ils passèrent en Afrique. En dix années, de 429 à 439, ils terminèrent la conquête de la Maurétanie et, de nouveau, une Carthage ennemie se dressa devant Rome. Ayant été marins sur la Baltique, les Vandales, auxquels s’étaient mêlés d’ailleurs des gens de toute race et de tous métiers, se firent également marins sur la Méditerranée et, comme leurs prédécesseurs les Carthaginois, devinrent aussi les maîtres des îles de la mer Tyrrhénienne, Corse, Sardaigne et les Baléares. Leur royaume, qui devait durer un siècle, fut, de tous ceux que fit naître la migration des peuples, le plus aventuré en dehors de son milieu naturel et, par conséquent, celui qui en disparaissant devait laisser le moins de traces.

Les Ostrogoths qui avaient eu à subir le premier et terrible choc des Huns, lorsque ceux-ci se forcèrent un passage entre Baltique et Pont-Euxin, n’avaient pas été aussi mobiles que le peuple des Vandales dans leur déplacement vers l’ouest. Ceux d’entre eux qui ne s’étaient pas vus forcés d’accompagner leurs vainqueurs vers le massacre de Chalons ou n’étaient pas dispersés chez d’autres peuples en fugitifs ou en alliés réussirent à se cantonner dans la région très facile à défendre de la Pannonie, qu’entoure au nord et à l’est la grande courbe du Danube entre Vindobona et Singidunum — Vienne et Belgrade —, et que traversent les fleuves Drave et Save, issus des Alpes et de leurs prolongements illyriens. En cette forte position stratégique, très menaçante à la fois pour l’empire bysantin et pour ce qui restait de l’empire de Rome, les Ostrogoths pouvaient attendre l’occasion de reprendre l’offensive. Les Gépides, les Hérules qui avaient aussi appartenu à la confédération des Goths et prirent des parts diverses à l’invasion du monde romain étaient solidement établis dans le voisinage, les Gépides à l’orient du Danube, dans les contrées qu’on nomme aujourd’hui Alfœld, Transylvanie, Valaquie, les Hérules dans l’hémicycle septentrional des Carpates. Mais ces peuples inquiets n’attendaient, comme les Ostrogoths, que le moment de se ruer contre les riches cités du midi, pleines de butin.

Quant aux Visigoths, ces barbares qui avaient été le plus longtemps