Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/370

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l’homme et la terre. — barbares

combattre des ennemis communs et reçut en présent le sol qu’elle occupe ; enfin, mainte tribu, parmi ces gens venus de loin, ne fut qu’un ramassis de prisonniers ou d’esclaves employés aux divers travaux par les maîtres des alentours. Durant le cours des siècles, ces descendants des migrateurs ont très diversement vécu, soit en se mêlant en paix aux indigènes, en adoptant à l’amiable le langage, la religion, les coutumes de la nation ambiante, soit en gardant leur caractère distinct, quoiqu’obligés de se soumettre aux volontés de leurs maîtres. On peut comparer ces petits groupes isolés aux kystes qui se maintiennent à part dans l’organisme. Mais parmi eux, il est difficile de distinguer l’ancienneté de l’origine. Faut-il reconnaître dans le « pays » d’Allemagne en Calvados (Notre-Dame, Saint-Martin d’Allemagne, etc.), les vestiges d’une tribu d’Alains qu’un remous y aurait rejetée ? Pont-à-Vendin, Vandelicourt, Wandamme, Vandeville, Wandignies et autres localités des départements du Nord et du Pas-de-Calais témoignent-elles avec plus de certitude du passage des Vandales[1] que ne le fait l’Andalousie ? Mais faut-il attribuer la même cause aux noms d’autres villages commençant par Vand, Vend, Vind, et que l’on trouve épars de la Charente à l’Ain ? On ne peut encore se prononcer.

Il est pourtant un groupe qu’une tradition persistante dit être de descendance hunnique, filiation tout aussi plausible d’ailleurs que pourrait l’être une autre généalogie, celtique, germaine ou sarrasine. C’est la population du petit val d’Anniviers (Einfisch), que parcourt le nant de Navisanche ou Navigenze, s’échappant dans la vallée maîtresse par un superbe portail de rochers. Bien que convertis au christianisme et habitués à l’usage du parler français-valaisan, ces montagnards se distinguent encore nettement de leurs voisins par la physionomie, l’emploi de mots et de tournures inconnus en bas, par de nombreuses coutumes particulières, et surtout par la conscience de leur personnalité collective.

La migration des peuples et la pression que tous ces flots humains exerçaient les uns sur les autres eurent pour conséquence une modification dans l’ordre d’importance des voies historiques de la Gaule. A l’époque gallo-romaine, le va-et-vient principal devait se faire de

  1. Émile Eude, Cosmos, d’après plusieurs auteurs.