Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/444

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l’homme et la terre. — arabes et berbères

nous avec l’apport des manuscrits grecs, avec le renouveau de la science hellénique dans la nuit du moyen âge, mais ne nous montre-t-elle pas combien les raisonnements ordinaires sont impuissants à expliquer cet ensemble si éclatant de phénomènes historiques : la brusque apparition des Arabes dans l’histoire générale, comme par une sorte de fulguration, puis leur retour, après quelques siècles, dans l’existence obscure de pasteurs nomades ? Aussi ces contrastes restent-ils inexpliqués pour ceux qui, dans le milieu présent, ne cherchent pas aussi les apports héréditaires des milieux primitifs.

À cet effet cumulatif des éléments du milieu, il faut ajouter également les conditions économiques et sociales de la société qui se constituait à nouveau. La polygamie était la coutume générale introduite par les conquérants arabes, et, en pays conquis, n’ayant point à acheter leurs épouses, ils l’appliquaient d’une manière constante, bien plus qu’en leur pays originaire. Devenus maîtres absolus, ils pénétraient dans les familles, les transformant à leur profit : ils épousaient les filles des vaincus, et tout d’abord les générations nouvelles, appartenant par leurs pères à la race des conquérants, en apprenaient la langue et, se vantant de leur descendance, en continuaient l’orgueil. En Syrie, notamment, le premier siècle ne s’était pas écoulé depuis la conquête que l’ensemble de la population, sauf les tribus des montagnes et les sectes chrétiennes ou juives tolérées, était arabisé en apparence : l’adaptation s’était faite avec cette rapidité singulière parce qu’elle s’accomplit dans chaque maison, sous chaque tente, aux origines mêmes de la vie. Mais les conceptions funestes de la polygamie, qui, sous sa forme orientale, a pour point d’appui la domination absolue de l’homme, la transformation même de la femme en une simple possession, comme le cheval ou le chien, devaient également se faire sentir très vite dans la société nouvelle, en diminuant d’une manière physique et morale l’énergie de la race. Après l’extension soudaine donnée à la nation, il y eut forcément recul. Driesmans a pu dire[1] que les Arabes furent victorieux aussi longtemps que la femme conserva chez eux une position prépondérante dans la famille et une part active à la vie sociale. Leurs royaumes succombèrent dès que la religion eut séquestré la femme

  1. H. Driesmans, Wahlvernandischaften der deutschen Bluimischung ; — Roorda van Eysinga.