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arabes et grecs, arabes et persans

lâches, obéissant aux ordres des nouveaux maîtres, reniant bassement ce qui avait été sa foi, préparait aux dynasties des conquérants et despotes de longues générations de sujets avilis. Après les massacres, plusieurs siècles se passèrent en un long silence de la pensée, et c’est dans la poésie que refleurit le génie persan.

Le dernier centre de résistance contre l’étranger fut le pays de Raï, l’antique Raga, ou Rhaga, qui, déjà sous les Akhéménides, constituait un petit État sacerdotal, indépendant, comme l’est de nos jours le Vatican, en plein royaume d’Italie. Un grand prêtre, qui se donnait pour le successeur de Zoroastre, y édictait en paix des décrets religieux. La vénération du passé avait maintenu ce pouvoir ecclésiastique pendant la durée des siècles malgré les changements politiques et les conquêtes ; mais la haine des musulmans s’en exaspéra d’autant. Khaled vint assiéger le chef des mages dans la forteresse d’Ustûnâvand et la prit d’assaut : ce fut le dernier épisode de la résistance nationale des Iraniens[1]. Le Roi des rois périt de mort violente à Merv (651) et son fils alla se réfugier auprès de l’empereur de Chine, tandis que les armées mahométanes, dépassant l’Iran, pénétraient d’un côté dans le Seïstan et le Kabulistan, de l’autre dans le Turkestan jusqu’à Samarkand.

Cependant tous les mazdéens n’avaient pas été exterminés ou convertis : quelques-uns avaient pu se maintenir ignorés en une citadelle de montagne, près de Yezd, d’autres dans les monts du Khorassan, et les fuyards les plus heureux trouvèrent un asile sur le roc insulaire d’Ormuz, puis dans la péninsule du Gudjerat, où ils déposèrent les livres sacrés et leur Feu toujours vivant, sauvés à grand’peine des mains impures de leurs ennemis. Ainsi qu’on le constate par les déclarations de foi que durent faire les suppliants pour obtenir l’hospitalité, les préceptes de leur religion première étaient déjà bien modifiés, et le sens originaire de leurs pratiques ne se comprenait plus qu’à demi. Cependant la forte cohésion, la ténacité morale de ces exilés volontaires leur donna bientôt un rang fort élevé parmi les populations du Gudjerat et du Konkan : peu à peu, lorsque Bombay eut été fondée, les Parsi ou « Persans » se trouvèrent à la tête du commerce de cette ville, comme les Genevois et les Bâlois, autres fils d’exilés pour leur foi religieuse, arrivèrent à diriger le commerce et la banque de la Suisse.

  1. Fr. Lenormant, Les Origines de l’Histoire, t. II, p. 520.