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l’homme et la terre. — arabes et berbères

il donna tout le nord de l’Afrique aux musulmans, et dès le commencement de l’Islam, tant la poussée originaire en avait été formidable.

La dynastie visigothe semblait s’être consolidée, définitivement établie dans la péninsule Ibérique, et la religion catholique orthodoxe avait constitué l’unité de foi dans le pays : en écrasant l’arianisme, elle a commencé la longue série de refoulements de la pensée qui, successivement, va aboutir à l’extermination des Albigeois, au massacre des Vaudois, aux longues guerres des Cévennes[1]. La limite naturelle formée par les Portes d’Hercule paraissait une protection suffisante contre les Arabes, mais ceux-ci possédaient la mer, et plusieurs fois, vers 680, leurs corsaires s’étaient aventurés sur les côtes de Valence. Enfin, en 710, des crimes royaux et la trahison d’un prince fournirent aux envahisseurs arabes une occasion convenable, et cinq mille musulmans, parmi lesquels les guerriers appartenant aux familles des « Défenseurs » de Médine, garde spéciale de Mahomet, débarquèrent au pied de la montagne, désormais nommée Djebel-Tarik ou « Gibraltar »[2], d’après leur chef. Une grande bataille, livrée dans les campagnes de Jerez, fut tellement décisive que, du coup, l’Espagne fut conquise. Tandis que ses lieutenants s’emparaient de Cordoue et des autres cités andalouses, Tarik lui-même poussait au nord jusqu’à Gijon, dans les Asturies, sur la mer de Biscaye. Au sud du rempart pyrénéen, toutes les populations visigothes ou indigènes étaient soumises au représentant des khalifes de Syrie. Sauf dans les grottes aragonnaises de Sobrarbe et asturiennes de Covadonga, l’Islam n’avait plus que des sujets tremblants dans la péninsule d’Espagne.

L’histoire des Maures dans la contrée peut se diviser en deux périodes : celle de la conquête, qui dura quinze mois, et celle de la reconquête par les chrétiens, qui se prolongea durant huit siècles. D’après Ranke, les Arabes auraient débarqué à Gibraltar à la date du 30 avril 711 et livré la bataille de Jerez le 26 juillet de la même année. En 718, à Covadonga, les Espagnols sont pour la première fois vainqueurs d’une armée sarrasine, et l’acte final de cette lutte, la prise de Grenade, se place en l’an 1492.

Vu de très haut, il semble qu’il y ait eu un simple mouve-

  1. Fr. Schrader, Revue de l’École d’Anthropologie, 1898.
  2. R. Dozy, Histoire des Musulmans d’Espagne.