Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/478

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l’homme et la terre. — arabes et berbères

fidèles, et hébergeaient d’autre part des hommes de science, des poètes, des artisans habiles. Le barbare du nord extermina tout ce qui n’était pas chrétien, rasa la ville et en transporta sur la terre ferme les gens de foi catholique. Substantion (Sextantio), la cité nouvelle, n’en resta pas moins quelque peu arabe par les mœurs et par l’amour de la science, et devint le berceau de la société intelligente qui, tout près de là, de l’autre côté du Lez, fonda la cité savante de Montpellier, l’école initiatrice de la France, avec ses universités et ses professeurs étrangers, catholiques, juifs, hérétiques, libres-penseurs. On essaya plus tard de reconstruire Maguelonne et d’y installer le siège de l’évêché ; de cette restauration éphémère datent les constructions ruinées qui se dressent actuellement au-dessus des eaux basses et des broussailles, mais la ville, les terres abandonnées par l’homme étaient désormais empestées, et les résidants d’un jour, dévorés par la fièvre, ne purent subsister dans cet air du littoral marécageux. Maguelonne l’Arabe n’en est pas moins la mère de Montpellier la Languedocienne et la Française, et la science contemporaine peut voir dans cette ruine comme un rappel d’une de ses anciennes cités saintes.

De même les grandes capitales du monde mahométan, qui depuis leur période de gloire se sont appauvries et dépeuplées, furent alors, bien plus que Rome et Bysance, les centres de l’activité intellectuelle. À cet égard, un mouvement de retour vers l’est et vers le sud s’était produit dans la marche de la civilisation, qui jusque-là s’était portée vers l’ouest et vers le nord. Le Caire, Damas, Bagdad étaient certainement les villes où se rencontraient le plus d’hommes désireux de savoir et d’apprendre. Il est vrai qu’aux origines même de l’expansion islamique, l’ignorant et simple Omar, qui se bornait à croire aux paroles de Mahomet et se refusait à connaître rien d’autre, avait manifesté son mépris de la science aussi bien que son peu de souci pour les aises de l’existence. Il s’endormait la nuit sur les marches des mosquées, avec les chameliers et les portefaix, et n’avait qu’une cruche et qu’une écuelle pour tout appareil de cuisine ; de même pour toute science et littérature il n’avait que le Coran, et la plupart des historiens croient à l’authenticité de sa réponse au gouverneur Amru qui lui demandait ce qu’il devait faire des pauvres restes de la bibliothèque d’Alexandrie : « Si ces ouvrages confirment le Coran, ils sont inutiles ; s’ils le combattent ils sont funestes. Détruis-les donc » ! Et ils