Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/506

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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

Alpes les premières notions du christianisme» ce respect fut l’un des grands agents de la transformation graduelle des idées et des mœurs pendant le moyen âge ; grâce a la liberté d’aller et de venir que leur assurait la vénération de tous, ces missionnaires étaient reçus partout avec honneur et servaient ainsi d’ambassadeurs entre les peuples, fussent même ceux-ci en guerre les uns avec les autres. Les messagers de paix qui, sous divers noms, parcouraient l’Europe, jouant de leurs instruments, récitant leurs vers ou prêchant leurs idées ou leurs croyances, rapprochaient quand même les hommes, malgré les violences et les haines de guerres incessantes. Lors de l’effondrement de l’empire carolingien, et chaque fois qu’une nouvelle migration entraînait les Normands au pillage et à la conquête des régions côtières de l’Europe, les relations de peuple à peuple ne furent pourtant pas complètement supprimées, grâce aux chanteurs poètes ou missionnaires, hommes de paix devant lesquels toutes les routes restaient ouvertes.

La pression du monde germanique sur le monde latin ayant été arrêtée et même repoussée vers l’est par le Germain Charlemagne, les mouvements de migration furent détournés de leurs voies antérieures. Les Saxons vaincus s’étaient rejetés au nord sur les Scandinaves du littoral baltique, à l’est sur les Slaves et les Finnois. Ceux-ci n’avaient point d’issue pour continuer leur marche vers l’Occident, mais les Scandinaves voyant la mer libre devant eux devaient l’utiliser avec d’autant plus de zèle pour la piraterie et les conquêtes qu’ils étaient plus comprimés sur leurs frontières du sud. La poussée qui s’était produite à la grande époque de la migration des barbares, et qui avait peuplé de Jutes, de Frisons, de Saxons et d’Angles les côtes bataves et britanniques, même celles de la Gaule septentrionale ou occidentale, allait reprendre avec une force nouvelle. Les Danois et les Norvégiens, souvent confondus dans l’histoire sous le nom de Nordmænd, Northmen ou Normands, « hommes du Nord », poursuivent furieusement leurs courses de pillage : c’est l’âge des Vikingr on Viking, « gens des Estuaires » qui parcourent les mers pour débarquer à l’improviste dans les îles et sur les côtes, tuer les guerriers, ravir les femmes et s’emparer du butin.

Marins plus que terriens, ces Viking considéraient comme leur