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l’homme et la terre. — carolingiens et normands

de l’Asie, pénètrent aussi dans la grande plaine d’entre-Carpates. Ce sont les Magyars, que suivent les Pelchénègues, puis les Koumanes, les Palocres, les Jazyges, et qui s’entremêlent avec eux tous ainsi qu’avec les Khazar, les Avares et les Slaves qu’ils trouvent dans la contrée.

Les Magyars se rappellent le passage des Carpates par lequel ils sont entrés dans la plaine qu’ils occupent depuis dix siècles révolus. Au nord-est de la grande courbe des monts, là où la vallée du Stryj, affluent du Dniestr, se rapproche de la rivière Latoreza, un des rameaux supérieurs de la Tisza, s’ouvre le col de Vereczke, dont le plus haut seuil, dominé par des croupes de 300 mètres plus élevées, atteint l’altitude de 841 mètres. L’escalade en est facile. Ce fut la porte d’entrée, « le chemin des Magyars », comme le dit encore la population des alentours. C’est là que le peuple hongrois, fortement pressé par les Petchénègues, et avec la complicité d’Arnulf de Carinthie, vainqueur des Normands, aurait élevé ses principaux retranchements de défense : la ville de Munkacs, qui garde les défilés du côté du sud, dut veiller en sentinelle jusqu’au siècle dernier pour empêcher les armées ennemies, allemandes, slaves, ougriennes, de pénétrer par la même ouverture : mais nombre de réfugiés et parmi eux ces mêmes Petchénègues qui poursuivaient les Magyars en 898 y vinrent demander bon accueil aux Hongrois, désormais les maîtres incontestés de la grande plaine.

Encore païens lors de leur arrivée dans le pays conquis sous la conduite d’Arpad, les Hongrois se ruèrent contre le monde chrétien avec la même fureur que leurs devanciers les Huns et les Avares : ils traversèrent en ravageurs toute l’Allemagne du Sud et pénétrèrent d’un côté jusqu’en Italie, de l’autre jusqu’en France ; mais, leur force ayant été rompue par les empereurs d’Allemagne en deux grandes rencontres, ils furent cependant obligés de s’enfermer dans leur vaste cirque de montagnes et de prendre la religion des peuples occidentaux : en 1001, un siècle après l’invasion, leur roi reçut même de la main du pape la couronne qui, depuis cette époque, a gardé le nom de « saint Etienne ». Les Hongrois, toujours batailleurs, tournèrent désormais leurs instincts de lutte contre les peuples orientaux restés encore païens ou convertis à l’Islam. Ils devinrent du côté de l’Orient les champions avancés de l’Europe chrétienne : la vie paisible du laboureur ne leur convenait point. Pendant des siècles, les Hongrois