Page:Reclus - L'Homme et la Terre, tome III, Librairie universelle, 1905.djvu/58

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l’homme et la terre. — orient chinois

Les peuples chasseurs de la Mandchourie, fiers de leur courage et de leur adresse dans la lutte contre les fauves, se laissaient facilement entraîner à faire preuve des mêmes qualités contre les hommes, et la moindre impulsion suffisait à les lancer en des expéditions de pillage. Les villes du midi les attiraient par leurs richesses et les paysans épars qui s’interposaient entre eux et ce butin n’étaient à leurs yeux qu’un méprisable gibier.

Dans son ensemble, la Mandchourie, bordée à l’ouest par les monts Khingan, à l’est par une succession de chaînes côtières, est disposée comme un long couloir entre la Sibérie orientale et la Chine : c’est un chemin de passage pour les nations, et de fréquents déplacements de tribus accroissaient ou diminuaient la pression qu’avaient à subir les agriculteurs du sud de la part de leurs dangereux voisins, aussi des « palissades de saules » barraient-elles en maints endroits la route aux envahisseurs, mais il est probable que ces obstacles, fictifs ou du moins très faciles à tourner ou à détruire, étaient considérés surtout comme des cercles magiques. Entre peuples limitrophes qui se redoutaient mutuellement, on tombait d’accord pour établir des marches de séparation d’une largeur considérable ; mais que de fois ne furent-elles pas franchies en violation des traités pendant la période historique ! Les annales chinoises mentionnent des invasions qui se produisirent sur la frontière de Mandchourie dès les temps les plus anciens, soit du nord vers le bassin du fleuve Jaune, soit du sud vers la péninsule de Corée, que sa position isolée et ses faibles dimensions relatives condamnaient à devenir une simple dépendance du Royaume Fleuri dans l’histoire de la civilisation.

D’autres contrées limitrophes de la Chine devaient aussi, comme la péninsule coréenne, héberger des populations autonomes n’utilisant leur énergie que pour s’adapter aux circonstances du milieu sans exercer grande influence sur le développement du monde chinois. Telle l’immense étendue des plateaux tibétains, ensemble quadrangulaire de terres si hautes, si froides et si arides qu’elles interrompent forcément presque toute communication directe entre les contrées situées sur leur pourtour. C’est par le contournement de l’énorme bloc de roches et de neiges d’une superficie d’un million et demi de kilomètres carrés qu’ont pu s’établir les relations entre l’Inde et la Chine, entre l’Occident