Page:Reclus - L’Homme et la Terre, tome 1, Librairie Universelle, 1905.djvu/552

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l’homme et la terre. — potamie

fameuse, lorsque Nabuchodonosor entreprit la restauration de la tour, destinée à s’effondrer de nouveau, tout en restant un témoin prodigieux des civilisations antiques.

Même en cessant d’être capitale de la région des fleuves, Babylone continua pendant des siècles de garder la suprématie virtuelle comme ville par excellence de l’industrie et du commerce. Lorsque le centre de la puissance militaire se déplaça vers le nord pour se fixer au confluent du Tigre et du grand Zab, la cité centrale de la Mésopotamie n’en exerça pas moins sa puissance de fascination sur les peuples et les rois ; maint souverain d’Assur vint y établir le siège de l’empire, et souvent des révoltes, les unes réprimées, les autres victorieuses, s’appuyèrent sur la ville forte qu’avait fondée Nemrod, le demi-dieu légendaire. Quand l’armée de Cyrus, après avoir détourné le cours de l’Euphrate, entra dans Babylone comme par une grande route, en pénétrant dans le lit desséché du fleuve, la ville était capitale d’un royaume indépendant. Même les Perses conquérants ne découronnèrent point la cité conquise et la placèrent, avec Persepolis et Suse, au rang des capitales. Puis Alexandre, devenu le maître du monde exploré, de la mer Ionienne et de l’oasis de Jupiter Ammon aux embouchures de l’Indus, fit choix de cet endroit comme centre de son pouvoir et lieu de rendez-vous pour tous les peuples civilisés. Il est vrai que la ruine commença peu de temps après, lorsque la résidence des souverains fut transférée à quelque distance, dans la cité nouvelle de Séleucie ; mais ce déplacement n’eut qu’une importance locale, le milieu géographique de la Mésopotamie et de toutes les contrées qui en dépendent étant resté jusqu’à nos jours au centre des terres alluviales où s’entremêlent les courants des fleuves jumeaux. Le nom de « Babylone » plane encore sur toute la contrée, tandis qu’au point de vue symbolique il désigne toutes les puissantes cités ou viennent s’entasser les millions d’hommes, apportant avec eux la fièvre du savoir, mais aussi la contagion du vice.

Comparé à celui de la Mésopotamie proprement dite, le centre de civilisation où naquit l’empire d’Assyrie manque presque complètement d’originalité, puisqu’il a tout reçu des régions du midi : l’écriture, l’industrie, les arts et les sciences. Mais le pouvoir monarchique s’y constitua d’une manière tellement formidable que les sar