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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

tion de 2 ½ %. Mais si la disproportion de son enjeu diminue pour l’ouvrier à mesure qu’il se hasarde pour des salaires plus élevés, d’un autre côté, la possibilité de les obtenir diminue dans la même proportion. Car l’augmentation de la paye étant prise sur les bénéfices du fabricant, il ne faudrait pas aller bien loin dans cette voie pour les réduire à zéro. Ainsi dans l’hypothèse d’un capital de fr. 9 750, engagé par tête d’ouvrier, ce dernier reçoit 975 fr. en salaires, et produit fr. 214,50, soit fr. 58,50, intérêt à 6 %, et fr. 156, bénéfice brut, estimé à 16 %. Partie de ce bénéfice brut constitue la marge dans laquelle on peut tailler l’accroissement des salaires ; marge bien moins considérable qu’on ne suppose généralement. Dans le cas actuel, l’augmentation de 5 % sur les salaires s’élèverait au tiers de bénéfice brut, et peut-être à la totalité du bénéfice net.

Nous avons vu ce que la grève coûte à l’ouvrier ; voyons ce qu’elle coûte au chef d’usine. En supposant toujours une perte de 6 % d’intérêt et de 16 % de bénéfice brut par tête d’ouvrier représentant un capital de 9 750 francs, le chômage d’un mois qui coûte au premier 81 fr. 25 c., ne coûte au second que 17 fr. 87 c. par tête d’employé, soit, avec vingt fois moins de risques, une somme quatre ou cinq fois moindre.

Considérons ensuite qu’une même somme peut avoir vingt fois plus d’importance réelle pour l’un que pour l’autre. En effet, 4 000 fr. dans un petit ménage correspondent plus ou moins à une dépense de 20 000 fr. dans la famille du maître de l’usine. — À ce point de vue, l’ouvrier qui risque la grève pour augmenter son salaire de 5 %, entreprend la lutte avec une seule et unique chance de succès, contre environ dix-huit cents chances contraires que son usinier amène contre lui.

Est-il besoin de le dire ? Par ce qui précède, nous n’avons nullement voulu faire aux ouvriers leur procès, comme s’ils eussent tort de poursuivre la hausse de leurs salaires, surtout lorsqu’ils sont insuffisants ; mais nous avons voulu prouver que, dans l’immense majorité des cas, les remèdes qu’ils appliquent sont pires que le mal. Les grèves sont des batailles, les grèves sont de véritables désastres ; l’économiste et l’historien les constatent, mais en protestant douloureusement.

De toute manière, la science conclut à une association entre ouvriers et patrons, à une répartition plus équitable des bonnes et des mauvaises chances entre les uns et les autres. C’est dans cette voie que l’on trouvera le progrès, mais aussi d’immenses difficultés. Ce n’est point le moment d’essayer de les résoudre et de discuter la question. — Constatons seulement que des manufacturiers, entre autres M. W. F. Eckroyd de Marsden, près Burnley, se sont plaints que la loi anglaise ne leur permit pas d’intéresser leurs hommes pour une part dans les