Page:Reclus - La Coopération, ou Les nouvelles associations ouvrières dans la Grande-Bretagne.djvu/36

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
36
ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE

Les Équitables Pionniers, il faut le dire, ne se mettent pas en frais de représentation, et ils ont horreur des procès et des actions judiciaires. Aucune pompe d’annonces ni de réclames, pas de frais d’étalage ni de commis-voyageurs. La clientèle est fixe, par conséquent l’approvisionnement l’est aussi, et l’on n’a pas à craindre de déchet sur les marchandises en magasin. Les employé étant suffisamment payés, et, de plus, étant associés et intéressés à l’entreprise, n’épargnent ni leur temps, ni leur peine, ni leur intelligence. Les bénéfices de l’acheteur sont plus considérables encore que ceux de l’actionnaire, et la proposition perd de son apparence paradoxale si l’on réfléchit à la qualité supérieure des denrées, qualité qui, dans le commerce de détail ordinaire, serait souvent payée 25 % plus cher. De plus, l’association est, on l’a vu, la meilleure des caisses d’épargne, sans grands frais d’écriture, ni de comptabilité (entre parenthèse, celle que les Pionniers ont créée est regardée comme un chef-d’œuvre). Elle recueille les petites économies et les petits profits et transforme les pièces de cuivre en pièces d’argent. — Par le seul fait que l’ouvrier va se pourvoir dans les magasins de l’association plutôt que dans la boutique d’à côté, jour par jour son épargne s’accroît par une espèce de contribution indirecte ; le neuvième de ses dépenses lui est restitué à la fin de l’année ou se capitalise à nouveau et lui rapporte alors un intérêt de 30 ou de 40 %. On comprend qu’à ce compte l’aisance remplace bientôt la gêne et que le pauvre artisan devienne bientôt une espèce de rentier, un banquier habile et honnête faisant valoir ses fonds à son bénéfice exclusif.

Dès que l’ouvrier voit son sort assuré, il n’a plus besoin d’aller au cabaret pour s’étourdir ou noyer ses chagrins ; il préfère aller à la bibliothèque, au salon de lecture pour lire les journaux et prendre une tasse de thé avec ses amis. En même temps il se loge confortablement, il se nourrit mieux, il s’habille mieux. C’est ainsi que les pauvres prolétaires deviennent des citoyens à leur aise, et que les familles prospèrent.


Voilà le secret de l’intérêt que nous portons à ce magnifique mouvement. Peu nous importe, après tout, qu’un commerce d’épicerie ou de draperie ait autant rapporté de bénéfices qu’un capital mis dans une charge d’agent de change. Ce qui nous importe, c’est que des hommes, des familles, des populations entières soient arrachés à la misère matérielle et à la misère morale, qui en est si facilement la conséquence !

Et le secret du succès qui attend la Coopération repose tout entier dans sa merveilleuse simplicité. Le système tout entier peut être exposé, raconté et expliqué dans le style de la fable de l’Aveugle et du Paralytique.