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ASSOCIATIONS OUVRIÈRES DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

bourg anglais, apparurent les délégué des Trades’Unions, des filateurs, des vitriers, des chapeliers, des tisserands, des camionneurs, des tailleurs, etc., leur nombre était légion. Mais de délégués de la partie adverse, personne ne parut ; de ce beau projet de conciliation solennelle, il ne résulta qu’une mystification de plus.

Un mois après avoir fait avorter des conférences, l’association des patrons fit offrir la réouverture des ateliers, moyennant retour au statu quo. Refus des ouvriers.

Les autorités municipales de cette pauvre ville de Preston que ces discussions avaient à demi ruinée, offrirent alors leur médiation ; mais déjà sûrs du succès, les fabricants la refusèrent, déclarant catégoriquement qu’ils n’accepteraient « aucun intermédiaire entre eux et leurs gens. » Cependant la victoire tardant à venir, les maîtres songèrent en ce moment à appeler dans leurs fabriques des hommes du dehors. Des agents furent expédiés en Irlande, dans les comtés agricoles de l’Angteterre, et jusqu’en Belgique.

Mais les ouvriers rendirent coup pour coup. Ils envoyèrent, de leur côté, des agents à Liverpool, à Fleetwood, à Manchester et en d’autres endroits pour exhorter leurs camarades à ne pas trahir la cause ; leurs orateurs parcoururent les campagnes. Un jour, une grande troupe d’Irlandais embauchés pour Preston, furent reçus à leur débarquement à Fleetwood par le représentant des ouvriers, qui les harangua avec tant d’éloquence, que ces braves Paddies rebroussèrent chemin et se rapatrièrent par le premier navire. Des orateurs apostrophaient les nouveaux venus aux débarcadères des chemins de fer, et leur exposaient si pathétiquement l’état des choses, que presque toujours les arrivants se laissaient payer le voyage de retour. Bref, les filateurs durent abandonner leur projet de remplacer leurs employés récalcitrants par des étrangers qu’ils auraient tenus sous la main.

La situation devenait cependant absolument intolérable pour les ouvriers qui avaient épuisé déjà toutes leurs ressources. Ils prirent donc leur courage à deux mains et adressèrent une nouvelle supplique à lord Palmerston, qui, avec l’ironie hautaine qu’on lui connaît, se borna à répondre que « des considérations morales n’avaient rien à faire dans cette question. »

Les maîtres manufacturiers ayant envoyé à leur tour un nouveau mémoire, le Premier eut recours à toute autre chose qu’à « des considérations morales. » Il envoya au préalable de nouveaux soldats à Preston, puis interdit le droit de réunion, et fit arrêter George Cowell et six autres des principaux meneurs du mouvement, qu’on envoya dans les prisons de Liverpool, comme prévenus du crime de conspiracy, ou de conjuration. Certainement oui, Cowel et consorts s’étaient conjurés, ils s’étaient coalisés, mais avaient-ils été les seuls à le faire ?

La partie était devenue par trop inégale. Les ouvriers ne pouvaient