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les inoïts occidentaux.

poser quelques redevances. Et les Aléouts de livrer leurs fourrures, d’admirer la générosité des étrangers. Un jour, les gens du comptoir intimèrent l’ordre de remettre la moitié, ni plus ni moins, du produit des chasses et des pêches, « pour mieux le répartir suivant les besoins » ; les naïfs obéirent, espérant que leurs hôtes procéderaient à la distribution avec plus d’intelligence et d’équité qu’ils ne faisaient eux-mêmes. On devine comment s’opéra le partage, on devine aussi comment le fusil, terrible logicien, fit justice des réclamations. Sans doute, ce confiant abandon était une sottise inexcusable. Mais admirez la différence d’homme à homme, de sauvage à civilisé ! Que l’Assistance publique demande seulement aux Parisiens la moitié de tous leurs revenus, gains et salaires, pour en faire profiter les pauvres, les nécessiteux et supprimer la misère….. Comme on lui répondra !

Leur pouvoir se consolidant, les Russes levèrent le masque du philanthrope, rognèrent de saison en saison la part des affamés et besogneux. Pour empiler des pelus, pour emplir d’huile les barriques, ils se firent aussi cruels que les Conquistadores l’avaient été pour amasser l’or. Le traitant tourna vite à l’assassin. On en vit qui s’amusaient à ranger ces misérables païens en ligne serrée, et pariaient à travers combien de têtes pénétreraient les balles de carabine[1]. Ils prenaient les filles et les femmes, les gardant comme otages des pères et maris. En haut lieu, cependant, on eut honte de ce qui se passait. L’impératrice Catherine, très pieuse comme on sait, voulant faire quelque chose, décida, en 1793, qu’on enverrait des missionnaires à ces pauvres Aléouts, pour leur inculquer le

  1. Sauer, Billing’s Expedition, append. 56. Sabalischin, Sibirische Briefe, Moskauer Zeitung.