Page:Remy - Les ceux de chez nous, vol 1, Mon bon nouveau gros paletot, 1916.djvu/10

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des boutiques dans la rue Léopold que j’ai vues une fois en allant à la foire.

Dans les paletots, ma tante veut justement choisir le plus laid ; c’est un gros poyou à taches jaunes moutarde et brun sirope, et comme on ne sait pas le nom de cette couleur là elle l’appelle coleûr sitoffe. On dirait une vaute avec des poils ; je vais pleurer si on me fait prendre celui-là, parce que les garçons de l’école crieront après moi : Kott, Kott, Kott, Kodok ! parce que j’aurais l’air d’une poule.

Alors mon grand-oncle qui ne dit jamais rien, et qui a regardé tout le temps, en faisant des drôles de clignettes, crie tout d’un coup, en montrant le jaune paletot :

Hie ! vola sûrmint n’coleûr di malâde tchin ! èdon !

Le monsieur aux paletots fait semblant de rien, mais il doit être tout fâché, et il replie le jaune paletot en l’appuyant sur son ventre comme s’il portait un petit enfant. Puis il prend un autre et il le tient étendu par les épaules comme une propre chemise.

— Prenez celui-ci, Madame, qu’il dit, c’est le gris à la Souwarof ; c’est très habillé, et puis on ne voit pas la crasse. Ma tante va choisir celui-là, je crois. Parce que quand on ne voit pas la crasse, c’est comme s’y en avait pas.

On me le fait un peu mettre ; c’est une toute crolée étoffe, comme un mouton de Saint-Nicolas qui serait fort sale. Je ne l’aime pas beaucoup ; le golé me gratte à la hanette