Page:René Benjamin - Chronique d’un temps troublé, 1938.djvu/105

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LE SALUT ?

le bolchevisme le combat passionnément. Dieu s’est fait homme, voilà la vérité catholique. L’homme peu à peu devient Dieu, c’est la promesse des bolchevistes. Le bolchevisme a-t-il une chance de triompher ? Aucune. On le voit en échec partout. Partout il fait des ruines, mais partout est vaincu. Conclusion : agissons !

Mes amis se tournèrent vers moi :

— Notre cher Saint-Remy est déjà en pleine action. Une action qui commence ne peut pas avoir pour elle les trompettes de la Renommée ; on l’ignore encore ; mais il ne se passera plus longtemps avant que la France le découvre, et l’admire !

Il protesta pour la forme, et reprit vivement :

— Je n’ai aucun mérite personnel. Je ne suis qu’un Français comme tant d’autres, mais par là même j’ai eu la chance d’hériter de qualités trop belles pour ne pas m’en servir. Je suis d’une race logique, qui a pris, au cours de son histoire, l’habitude de raisonner : je raisonne. Je dis : « L’humanité n’a jamais eu que trois grands buts : le vrai, le beau, le bien. Il est rare qu’elle les ait ensemble. Aujourd’hui, elle ignore le beau. Ce qui la passionne, c’est le vrai. Si on pouvait la ramener au bien ! »

Je levai les bras : « Beau rêve ! » Pourquoi ce cri de scepticisme ? Est-ce là ma vraie