Page:René Benjamin - Chronique d’un temps troublé, 1938.djvu/90

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Il la fit avec une aiguille rouge. Puis dès qu’elle fut faite :

— La sensation est-elle aussi forte ?

— Oh !… je crois, dit ma sœur qui se tâtait.

— Il est probable, reprit le docteur, que cette piqûre à la cuisse augmentera de quelques centaines de mille vos globules rouges.

Elle partit enivrée… et guérie !

Hélas ! après vingt-quatre heures d’exaltation, elle retombait plus bas qu’avant les piqûres. Elle revit le Mouxy. Il fit mine d’être inquiet, et se mit à la piquer partout. Quatre jours de suite le platine et l’or s’enfoncèrent sans résultat dans cette chair pleine d’espérance. Après quoi, il dit, désolé :

— C’est la première fois, madame, que j’ai sous mes aiguilles un sujet si rebelle. Ce ne peut être qu’une rébellion momentanée. Reposez-vous deux semaines, et revenez me voir.

Deux semaines ! Ma sœur ne conçoit la médecine qu’instantanée, comme la T. S. F. Et du repos ! Est-ce possible, dans sa « situation » ? Elle téléphona, avec une angoisse extrême, à son ami Z…, de l’Académie.

— Mon cher Maître, je suis très mal… Je ne peux plus rien manger. Vous qui êtes la sagesse, et connaissez les hommes, indiquez-moi, je vous en supplie, un grand médecin !

Le « cher Maître » n’hésita pas. « Docteur