Page:René de Pont-Jest - Divorcée.djvu/222

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Mais ni la vue des yogis, ces pénitents volontaires qui se supplicient en l’honneur de Shiva, ni le spectacle fantastique des ruines de la ville du grand Bali, dont les dômes des pagodes émergeaient encore au large, à la marée basse, au commencement de ce siècle, ni les chants des victimes écrasées à Jaggernaut sous les roues du char de Kali, la déesse sanglante, ni les grondements de la barre d’Orissa ; rien n’avait étouffé le trouble de son cœur.

Le Hougly, avec ses remous de cadavres, l’avait à peine ému. Lorsque, dédaignant la voie ferrée déjà ouverte à cette époque, en partie du moins, de Calcutta à Bombay, il avait traversé la presqu’île hindoustane par les vieilles routes que se perdent dans les forêts du Malwa, sous le toit des chouttre, ces caravansérails où les voyageurs ne trouvent qu’un abri et de l’eau, l’image de Véra n’avait cessé de lui apparaître. Dans les grottes d’Ellora, dans les profondeurs des cavernes de Salcette, son oreille était restée fermée aux rugissements des tigres aussi bien qu’aux psalmodies des prêtres hindous, récitant les versets des Védas, pour n’entendre toujours que le dernier adieu de la fille de Soublaïeff.

Ce voyage durait déjà depuis près de trois années, en seule compagnie du brave Yvan, dont la physionomie triste et sévère reflétait l’état d’esprit de son maître, lorsqu’en revenant d’une excursion chez les Sikhs, cette peuplade guerrière que les Anglais n’ont jamais entièrement soumise, Pierre Olsdorf trouva à Bombay les deux dernières lettres de Mme Daubrel.

Les accents de vérité le frappa vivement, et, dans la disposition de cœur où il se trouvait, il se prit d’une profonde pitié pour celle qu’il avait maudite. Elle aussi souffrait donc, elle aussi était à plaindre. Ainsi, c’est là où en était réduite la femme qui s’était appelée princesse Olsdorf ! Le châtiment n’était-il pas trop sévère ? N’avait-il pas abusé de son droit en le lui infligeant ? N’aurait-il pas dû tout au moins laisser à Lise son enfant, dont la présence eût amoindri