Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/240

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

ou brahmine dont le toit de bambou s’abritait sous des ombrages touffus qui ne semblaient cacher mystérieusement que le calme et la dévotion, puis il ne les revoyait plus au-delà.

Le voyageur, séduit par le charme du lieu, s’était reposé sous ces grands arbres ; il s’était délassé dans cette pittoresque retraite, et son corps était peut-être sous les eaux de ce petit étang, où le saint homme faisait dévotement ses ablutions en l’honneur de Vischnou, le dieu de la conservation.

Mais Moura-Sing était à toute autre pensée, et la caravane avançait toujours en bon ordre, sans que le moindre incident fût venu rompre la tranquillité de sa marche.

Elle parvint ainsi un soir, huit à dix jours après son départ d’Hyderabad, à quelques milles de Rangoum, sur les bords d’un des bras de la Manjura, dont la rive était le plus charmant et le plus poétique lieu de halte qu’elle eût encore rencontré.

Moura-Sing donna l’ordre de prendre toutes les dispositions pour passer là la nuit entière.

Schubea lui avait fait observer que les porteurs étaient fatigués, et qu’il était indispensable de leur donner un jour de repos.

On n’eût pu choisir un plus délicieux campement.

La rivière, augmentée des pluies torrentielles des jours précédents, roulait avec fracas entre ses bords escarpés, que des tecks, des banians et des sapans ornaient, en laissant pendre leurs feuillages jusque dans les flots ; et ses eaux rafraîchissaient tout autour d’elle.

Une rapide exploration des lieux permit bientôt à Seler de choisir l’endroit où allait se dresser la tente de son maître.

À cent pas du pont, vieille construction que le torrent minait chaque jour, un bouquet d’amandiers aux branches disposées par étages semblait s’élever exprès pour recevoir les voyageurs.

En moins de dix minutes, tout fut prêt, et Moura-Sing put prendre possession de sa tente, au fond de laquelle reposait le palanquin de Gaya, tout heureuse, elle aussi, de mettre pied à terre.

Il venait à peine d’y entrer qu’il appela Seler, qui donnait des ordres pour le repas du soir.

— À combien sommes-nous de Rangoum ? demanda le prince au vieux serviteur, en l’entraînant hors de la tente.

— À trois ou quatre milles au plus, répondit celui-ci.

— N’y a-t-il pas dans cette ville une célèbre pagode de Vischnou ?

— Oui, maître.

— Eh bien ! tu vas dire à Schubea de monter à cheval et d’aller de ma part prier le brahmine du temple de m’envoyer quelques-unes de ses danseuses et ses musiciens. On donnera à chacune d’elle une roupie d’or.