Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/374

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À cette pensée, James crut qu’il allait devenir fou, et lorsqu’il eut atteint en se traînant, le pas de sa porte, il fut obligé de s’appuyer un instant contre le mur avant d’entrer.

Reprenant enfin possession de lui-même, il frappa.

Sa mère vint lui ouvrir.

— C’est toi, enfin, dit mistress Davis en embrassant son fils ; Mary et moi, nous étions si inquiètes que nous avons voulu attendre ton retour pour nous coucher.

— Inquiètes ! pourquoi ? répondit James en s’efforçant de paraître calme ; il n’est pas encore minuit.

— Tom avait dit à Mary où vous deviez aller ce soir ; nous n’étions pas tranquilles.

— Tom est un bavard, mère, et vous une poltronne.

— Que s’est-il passé au meeting ?

— Je vous dirai cela demain. Où est Mary ?

— Dans sa chambre ; mais elle a dû t’entendre rentrer et elle va descendre. Tiens ! qu’as-tu donc là ?

Elle parlait du carnet que James tenait toujours à la main.

— Oh : rien, répondit le pauvre garçon en faisant disparaître l’objet maudit dans sa poche ; un portefeuille que j’ai trouvé en route ; il est vide.

— Mary ! Mary ! appelait mistress Davis.

— C’est inutile, laissez-la ; je vais lui dire bonsoir en montant ; il est l’heure de se coucher ; bonne nuit, mère !

Il embrassa tendrement la bonne femme et gravit l’escalier en deux bonds.

Arrivé au premier étage, il poussa brusquement la porte de la chambre où couchaient sa mère et sa sœur.

— Oh ! tu m’as fait peur, James, dit la jeune fille en s’avançant vers son frère. Qu’as-tu donc ? Comme tu es pâle !

Mary était une jeune fille de dix-sept ans, jolie à faire damner les élégantes ladies d’Hyde-Park.

Elle était brune, avec des grands yeux bleus ombragés de longs cils, un sourire de vierge, des pieds et des mains d’Espagnole.

C’était l’enfant gâté de la maison où tout labeur pénible lui était interdit. Sa mère et son frère ne lui permettaient que des travaux d’aiguille.

Un des grands orgueils de James était de la promener à son bras les jours de fêtes.

Mary, qui était bonne et douce, n’usait de son influence sur ceux qui l’entouraient d’une si vive affection que pour les aimer à son tour et les rendre heureux autant que possible.

Aussi, au milieu du malaise général qui pesait sur la nombreuse classe