Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/515

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Mary s’était jetée aux genoux de son frère en lui demandant pardon.

Miss Emma, debout, immobile à quelques pas du prisonnier, semblait la statue du désespoir.

Cependant James était calme ; l’immensité même de son malheur lui avait rendu toute son énergie.

Ce fut lui qui rompit le silence le premier pour dire à ceux qui l’entouraient :

— Mère, du courage ! car je ne vous fais pas l’insulte de supposer un seul instant que vous me croyez coupable ; Mary, relève-toi, car c’est moi qui dois te demander pardon d’avoir trop peu veillé sur ton inexpérience et ta jeunesse ; et vous, miss Emma, merci du plus profond de mon cœur de ne pas m’avoir oublié et de vous être faite l’amie de celles que je vais bientôt laisser seules sur la terre.

— Mon fils ! dit mistress Davis, à travers ses sanglots, mon fils ! est-il donc possible qu’il n’y ait plus d’espérance ? Oh non, je ne puis le croire !

— Nous irons nous jeter aux genoux de la reine, gémit Mary ; elle comprendra que tes juges ont été trompés. Miss Emma nous a dit que nous pouvions espérer encore.

— Miss Emma vous fait un pieux mensonge, répondit James, en tendant la main à la jeune fille qui ne répondait pas, car elle craignait que toutes les tentatives pour sauver James ne fussent inutiles.

Cette pénible entrevue se prolongea ainsi près d’une heure.

Il fallut arracher mistress Davis des bras de son fils, lorsque le surveillant vint annoncer que le moment de la séparation était arrivé.

— Priez pour moi, mère, dit James dans une dernière étreinte, et toi, ma sœur, recommande à Tom qu’il vienne me voir, il faut absolument que je lui parle. C’est un brave et loyal garçon à qui je veux vous confier toutes les deux.

— Je le lui dirai, répondit Mary en tremblant, car son frère venait de lui rappeler par ces seuls mots tout ce passé maudit dont le souvenir la torturait.

— Quant à vous, miss Emma, poursuivit le condamné, merci encore de votre reconnaissance et de votre sollicitude. Maintenant qu’il n’est plus d’avenir pour moi, je puis vous l’avouer, je vous aimais de toute mon âme, et je pardonne aux vôtres le mal qu’ils m’ont fait.

— Non, pas adieu, James, mais au revoir ! fit vivement la fille de M. Berney, en pressant les mains du jeune homme dans les siennes.

Et sans ajouter un seul mot, car les larmes les suffoquaient, les quatre acteurs de cette scène navrante se séparèrent.

Mistress Davis, pas plus que Mary et miss Emma ne savaient, car leur désespoir les avait empêchées d’entendre cette partie du jugement qui avait