Page:René de Pont-Jest - Le Procès des Thugs.djvu/8

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William, vous pouvez compter sur moi, vous verrez bientôt si je sais tenir mes promesses.

Dès le lendemain, l’officier instructeur désigné par le gouverneur vint trouver le chef des Thugs dans sa prison ; et moins de quinze jours plus tard, plusieurs centaines d’Étrangleurs étaient déjà entre les mains de la justice.

Le procès de ces assassins ne pouvait être conduit selon les formes ordinaires. Feringhea s’étant refusé obstinément à fournir toutes les explications qui n’avaient pas pour résultat l’arrestation des Thugs, il avait été décidé que le chef des Étrangleurs comparaîtrait d’abord seul devant la justice, puis qu’au fur et à mesure, et selon les événements, les prisonniers seraient groupés autour de lui.

D’ailleurs, soit parce qu’ils obéissaient à un mot d’ordre, soit parce que c’était de leur part un système, tous les prisonniers faits sur les dénonciations de Feringhea gardaient le silence, et il paraissait certain qu’ils ne parleraient pas davantage devant leurs juges, la loi anglaise ne permettant pas, du reste, à ces derniers, d’interroger les accusés.

Dans les débats qui allaient s’ouvrir, il était évident que c’étaient les témoins qui joueraient les rôles principaux. Ces témoins augmentaient de jour en jour.

Les arrestations étaient si nombreuses que la crainte des représailles n’arrêtait plus ceux qui, après avoir été prisonniers des Thugs, avaient eu le bonheur de leur échapper.

Quatre mois après l’emprisonnement de Feringhea, la population de Madras apprit enfin que l’instruction de ce gigantesque procès était terminée et que les débats commenceraient le jour suivant, à sept heures du matin.

La ville fut illuminée toute la nuit comme pour une fête, et le lendemain, bien avant l’heure fixée pour l’ouverture de l’audience, la salle des assises fut envahie, malgré les efforts de la troupe, par une véritable avalanche humaine.

Le tribunal avait dû abandonner le lieu ordinaire de ses réunions ; il n’aurait pu contenir la dixième partie de la population qui était avide d’assister aux débats de cette cause émouvante.

Les séances se tenaient dans le palais du Gouvernement, au milieu d’un déploiement de forces que motivaient les circonstances, car on pensait avoir tout à craindre des innombrables amis et sectateurs du Thugisme.

La grande salle, d’architecture sévère, qu’on avait choisie pour les séances de la cour criminelle, présentait un coup d’œil imposant.

À l’une de ses extrémités s’élevait une estrade sur laquelle se tenaient le gouverneur en grande tenue d’officier général, les juges suprêmes de la province, les officiers généraux de l’armée de Madras, juges et jurés tout à