Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/105

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Puis, après encore un moment d’examen, il murmura, pâle et singulièrement ému :

— Comme elle lui ressemble ! Est-ce que ce n’est pas seulement dans ma mémoire que se sont gravés les traits de cette adorable jeune femme ?

Alors, secouant la tête comme pour en chasser une pensée qu’il ne voulait pas y laisser séjourner, il se mit à aller et venir, rangeant çà et là, déplaçant un buste, repoussant un chevalet, mais rappelé à chaque instant, malgré lui, vers sa « Vierge des flots » qui lui tendait les bras.

Cependant mille choses se trouvaient là, autour de lui, qui auraient pu le distraire, car son atelier était un musée des plus intéressants. Tout y reflétait ses goûts pour l’étrange et le beau.

De Bourbon, cette station sur la route de l’Extrême-Orient avant que l’isthme de Suez fût percée, il avait rapporté de merveilleuses étoffes du Bengale, des meubles chinois aux parois fouillées comme des ivoires, des bronzes japonais fantastiques, des idoles hindoues naïves, grimaçantes ou terribles.

Sur les murailles, entre de bonnes toiles, choisies avec soin, brillaient des panoplies d’armes inconnues, aux formes bizarres : kriss malais flamboyants, empoisonnés avec l’upas tieuté, le plus terrible des poisons végétaux ; sabres doubles de l’Empire du milieu, deux dans le même fourreau ; sagaies de Madagascar trempées dans le suc du tangui ; flèches barbelées de Bornéo ; casse-tête de bois de fer, hérissés de pointes acérées ; hauts boucliers zoulous,