Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/117

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guerit, conformément au droit que donne la loi aux parties d’assister aux dépositions des témoins cités par le juge. Il avait été si sec, si peu poli, qu’elle s’était promis de ne le revoir jamais, et elle était revenue fort inquiète, rue d’Assas, où M. de Tiessant, devenu pour sa fille un véritable adversaire, par orgueil et par entêtement, avait organisé une surveillance des plus blessantes.

À chacune de ses sorties, Mme Noblet apercevait aux alentours de sa porte des gens de mauvaise mine qui la guettaient pour l’espionner. Elle avait fini par renoncer à ses promenades dans le jardin du Luxembourg avec son fils, étant arrivée à craindre qu’on ne le lui enlevât, et elle vivait ainsi depuis près de deux mois, humiliée, nerveuse, mais de plus en plus décidée à en finir à tout prix, lorsqu’un soir, en rentrant, elle se trouva, en même temps que Ronçay, au pied de l’escalier. Le sculpteur descendait de son appartement.

Dans cette disposition particulière de l’âme qui pousse les êtres bons et honnêtes aux confidences, Éva ne se contenta pas de saluer affectueusement son voisin, ainsi que d’habitude. Devinant à son regard chagrin qu’il lisait sur son visage tout ce qu’elle souffrait, elle s’arrêta, lui tendit spontanément sa petite main qu’il saisit avec une émotion visible, et peut-être allait-elle lui dire où en étaient les choses, lorsque, tout à coup, elle jeta un cri d’épouvante et se sauva.

Elle venait de reconnaître, sur le seuil du vesti-