Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/119

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

cette victime de l’égoïsme paternel, sans se demander comment cela arriverait jamais !

Néanmoins, il gardait pour lui seul ces sensations nouvelles ; il évitait même de les confier au docteur Bernel, à qui il avait cependant raconté la scène de famille dont il avait été l’un des héros. Il craignait sans doute que son ami ne plaisantât son enthousiasme, et il demeurait un voisin discret, en s’abstenant de rendre visite à Mme Bertin.

Mais il guettait celle-ci, l’arrêtait au passage et l’interrogeait quand il la rencontrait par hasard ; hasard auquel il venait bien un peu en aide, en laissant ouvertes les portes de son appartement et de son atelier, en s’éloignant à pas lents toutes les fois qu’il sortait, en mettant le double du temps qu’il n’était utile pour traverser, quand il rentrait, la cour et monter l’escalier. Et lorsque ce hasard-là lui faisait apercevoir Éva, sans que celle-ci le vît, il la suivait des yeux jusqu’à ce qu’elle eût disparu tout à fait. Si la jeune femme, le reconnaissant au contraire, le saluait d’un bonjour amical et d’un sourire, il s’éloignait avec-de la joie au cœur pour jusqu’au lendemain.

Ils en étaient là tous deux ce soir où, effrayée par l’apparition de l’un des agents de son père, Mme Noblet s’était séparée précipitamment de Ronçay pendant que lui, fort ému de cet incident et surtout de la peur qu’elle avait eu, rentrait chez lui, après s’être fait violence pour ne pas courir sus au mouchard, quand, dix minutes plus tard, Mme Bertin franchit le seuil de l’atelier.