Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/137

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Pierre était dans l’antichambre ; il accourut à cet appel.

— Tiens, lui commanda son maître, monte ceci au premier. Tu diras à Catherine de le donner tout de suite à Mme Noblet.

— Madame Éva ! fit le nègre, en lisant la suscription de la lettre.

Et il ajouta, avec un regard d’adoration à la « Vierge des flots » et un accent que son incorrection même rendait d’une douceur charmante :

— La belle Madone que tout le monde priera bientôt là-bas, dans la colonie, à la pointe des Galets !

Devant cet hommage à la fidélité de son œuvre, Ronçay ne put s’empêcher de rougir. Il craignait que son serviteur n’eût surpris son secret. Il lui dit aussitôt, en s’efforçant de sourire :

— Tu trouves donc qu’elle ressemble à Mme Noblet ?

— À Mme Noblet ? Non ! À Mme Éva ? Oui. Éva ! nom du pays, çà, monsieur Gilbert ; facile pour moi : Éva ! Éva !

Il était tout fier de le répéter sans hésitation, bien nettement, et il le disait encore en sortant de l’atelier, ne se doutant guère que sa voix résonnait si délicieusement au cœur de son compagnon d’enfance ; et comme il ne fit qu’un bond du rez-de-chaussée au premier, il ne manqua pas de le placer de nouveau devant le nom de Mme Noblet en remettant à Catherine la lettre de son maître.

— Il y a une réponse ? demanda la vieille domestique.