Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/138

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— M. Gilbert ne m’a rien dit.

— Alors, attendez, je vais voir.

La brave fille disparut dans l’appartement, et Pierre se mit à parcourir des yeux une grande carte du continent africain, suspendue contre la muraille de l’antichambre.

C’était là son occupation favorite, lorsqu’il venait apporter à la veuve de l’universitaire quelque missive de son voisin. Il se plaisait toujours à chercher, sur cette carte, d’abord sa terre natale, l’île Bourbon — elle s’appelait ainsi à l’époque de sa naissance, — puis les contrées qu’il savait habitées par les individus de sa race : Madagascar, la Cafrerie, le Mozambique et, au delà, les grands déserts, où les chemins pourraient être faits d’ossements blanchis, et que son père avait peut-être traversés, sous les coups de fouet des négriers arabes, avant d’être vendu sur l’un des marchés de chair humaine de la côte : Sofala ou Zanzibar.

Et lorsque le fils de l’esclave se rappelait qu’il avait été élevé libre, il aimait davantage encore le maître auquel il n’était lié que par la reconnaissance.

Pendant ce temps-là, restée seule après le départ de Me Mansart, que Mme Bertin avait voulu accompagner jusqu’à la grille du Luxembourg, Éva ouvrait la lettre que lui avait apportée Catherine, sans lui dire d’où elle venait.

D’abord étant allée à la signature, ainsi qu’on le fait quand on ne reconnaît pas qui vous écrit, elle