Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/223

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— Sans doute, peut-être ! Mais quels sont tes projets ?

— Je vais entrer au théâtre.

— Entrer au théâtre ! Dans quel théâtre ? Pourquoi faire ?

La brave veuve ne saisissait pas.

— Je veux étudier pour devenir comédienne.

— Comédienne, toi ! Eh bien ! c’est pour le coup que ton affreux père te maudira et t’écrira des abominations.

— Je ne le crois pas ! Du reste, je suis décidée à ne plus jamais ouvrir ses lettres.

— Ah ! quant à ça, tu feras joliment bien !

— Écoute-moi attentivement, car rien ne m’est possible sans toi. Tu comprends qu’il faut que M. Ronçay ne sache rien, du moins pendant quelque temps. Je ne puis donc prendre des leçons à la maison. Je viendrai les recevoir ici, ou j’irai chez le professeur que j’aurai choisi. Je dirai que je viens te tenir compagnie. Tu seras souffrante, ton médecin t’aura condamnée à garder la chambre. Justement voici l’hiver, cela semblera tout naturel, et tu penses bien que ce n’est pas Gilbert qui trouvera mauvais que je te rende de longues visites ; il a toujours pour toi tant de respect et d’affection ! J’aurai ainsi toute la liberté nécessaire, et lorsque le moment sera venu, lorsque je serai sûre de moi, j’avouerai la vérité au père de Blanche.

— Et s’il s’oppose à ce que tu te fasses comédienne ?