Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/233

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Parfois, cependant, la nervosité et l’exaltation de son amie inquiétaient Ronçay. Un jour, il en fut réellement effrayé et rentra un peu en lui-même.

Ce jour-là, il avait fait une chaleur étouffante, le soleil s’était couché, immense globe de feu, derrière des nuages de sang ; le ciel était couvert, la brise se faisait variable, violente, par rafales ; la mer laissait entendre au loin des grondements de sinistre augure ; mais les deux amants n’en avaient pas moins suivi la côte en se dirigeant vers le cap Fréhel, l’une de leurs promenades favorites, surtout lorsque le temps menaçait.

Ils venaient d’atteindre l’extrémité de la pointe quand l’orage éclata dans toute sa fureur. De là, ils avaient, se déroulant devant, eux, le plus effrayant, mais aussi le plus grandiose des spectacles que puissent offrir les éléments déchaînés.

Le vent soufflait en tempête ; l’Océan battait de ses béliers mouvants la falaise, qui tremblait sur ses assises cyclopéennes ; les vagues phosphorescentes brisaient en hurlant contre les innombrables récifs dont la marée basse laissait à découvert les arêtes dentelées ; à la lueur des éclairs, on apercevait par intermittences, à l’ouest, à l’horizon incendié, l’île Bréhat, comme un gigantesque vaisseau à l’ancre. Il semblait même qu’on entendît, se mêlant aux grondements de la foudre, l’aspiration mugissante du Paon, son abîme insondable.

Étroitement serrés l’un près de l’autre, enveloppés dans un seul manteau, blottis contre la tour dont le