Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/234

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phare envoyait, de trente secondes en trente secondes, ses rayons sauveurs sur cette immensité d’écueils, Éva et Gilbert étaient là depuis longtemps, sans prononcer une parole, tout au tableau fantastique de la nature en furie, quand soudain, se jetant au cou de son bien-aimé, Mlle de Tiessant s’écria avec un inexprimable accent de passion et de mysticisme :

— Que c’est beau ! Que Dieu est grand ! C’est ici que je voudrais dormir pour toujours quand la mort nous aura séparés. Promets-moi de m’y faire transporter !

Et elle ferma les yeux comme si elle allait rendre l’âme.

Alors Ronçay, épouvanté, la prit dans ses bras, la ranima de son haleine et, trébuchant sur les rochers, aveuglé par les éclairs, luttant contre les colères de l’ouragan qui paraissait vouloir lui enlever son précieux fardeau, il l’emporta jusqu’à la Folie-Lainé, où Jeanne et Pierre étaient dans une inquiétude horrible.

Bientôt Éva revint à elle, et ce petit événement n’eut pas de suite. Le lendemain, elle fut la première à rire de cette crise nerveuse qu’elle n’avait pas su vaincre ; mais Gilbert n’en demeura pas moins fort ému. Il comprit que cette existence qu’ils menaient à Plouenec pouvait devenir dangereuse pour sa maîtresse, et comme, d’ailleurs, ils étaient au bord de la mer depuis deux mois, ils firent leurs préparatifs de départ.