Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/250

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Après un premier moment de stupéfaction, dont on ne s’était pas même aperçu, elle avait repris courage, non seulement par orgueil, pour ne pas donner à son père la satisfaction de la voir se courber une fois de plus devant sa tyrannie, mais aussi par dignité, pour affirmer son indifférence à l’endroit du procédé odieux et lâche dont on usait envers elle et sa volonté absolue de suivre droit la route qu’elle s’était tracée, sans se laisser arrêter par aucun obstacle.

Et elle avait eu raison d’agir ainsi, car après avoir entendu Angélique lancer à Dandin, qui lui reproche de manquer à la foi jurée, ces mots que, lui, Noblet, pouvait prendre un peu pour lui : « Moi ? je ne vous l’ai point donnée de bon cœur et vous me l’avez arrachée ! M’avez-vous, avant le mariage, demandé mon consentement et si je voulais bien de vous ? » le libraire de Coventry s’était sauvé, tout honteux d’avoir cédé à son beau-père, qui, dans le but de lui persuader que c’était par cynisme que sa femme avait choisi la comédie de Molière pour ses débuts, l’avait amené au théâtre au risque de le rendre ridicule en public.

Cette nouvelle tentative d’intimidation envers sa fille ne tourna qu’à la confusion de M. de Tiessant, et elle eut de plus ce résultat heureux de lui faire comprendre, grâce aux allusions que les chroniqueurs dramatiques firent à sa présence à cette représentation, qu’il n’aurait pas l’opinion pour lui s’il ne restait pas désormais dans l’ombre en pareilles circonstances.