Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/277

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sa jeune maîtresse à ces accès d’hypocondrie, mais elle n’y réussissait pas toujours. Éva ne redevenait vraiment elle-même que le soir, quand elle avait franchi le seuil de sa loge.

Seulement alors, l’art la reprenait tout entière, et par un violent effort de volonté, elle cessait d’être l’âme inquiète, la Madeleine prête à se jeter aux pieds du Christ, pour redevenir la comédienne, ne songer qu’aux applaudissements qu’elle allait recevoir et à Gilbert, de qui elle se montrait digne, et pour n’être plus que Froufrou, la Princesse Georges, la Femme de Claude ou la Fiammina.

Mais, il est aisé de le comprendre, ce passage incessant de la réalité à la convention, cette lutte entre ses aspirations et ses craintes, cette tension de son cerveau pour commander à ses nerfs, ces avatars incessants, ce dualisme enfin où elle se débattait l’entretenaient dans une surexcitation morale et physique d’autant plus dangereuse pour sa santé que, depuis le dernier accident de Florence, elle ne s’était jamais complètement remise.

Parfois, elle ressentait des malaises subits, des vertiges qu’accompagnaient de violentes névralgies intercostales ; mais, comme ces phénomènes ne duraient que quelques secondes et ne laissaient aucune trace, elle ne voulait pas admettre qu’ils eussent la moindre analogie avec les crises qu’elle avait eues à plusieurs reprises, et elle refusait de consulter un médecin.

Un jour, cependant, elle dut s’y décider, car au