Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/291

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duisirent ces lettres sur Ronçay, qu’elles frappèrent comme d’un coup de foudre. Tout d’abord il faillit perdre la raison et son domestique Pierre eut un moment de réelle épouvante, en le voyant aller et venir dans son atelier, ainsi qu’un fou, criant, pleurant, s’arrêtant devant la « Vierge des Flots » pour répéter : Éva, ma pauvre Éva ! puis s’affaissant sur un siège en sanglotant.

Ce fut seulement à la pensée qu’il devait partir sans retard que Gilbert retrouva un peu de sang-froid. Alors, il courut chez Mme Bertin, à qui il ne dit qu’une partie de la vérité et qu’il pria de garder Blanche pendant son absence ; ensuite il laissa un mot chez le docteur Bernel, qu’il savait en route pour rentrer en France, annonça par dépêche son arrivée à la pauvre malade, et le soir même, le cœur brisé et l’esprit à la torture, il prit le train d’Italie.

Quarante heures après, il était à Rome et sautait sur le quai, mais pour jeter aussitôt un cri de stupéfaction et de joie, en recevant Mlle de Tiessant dans ses bras.

— Toi, lui dit-il, toi ! Pourquoi es-tu venue ?

Il baisait les grands yeux de l’adorée qui, suspendue à son cou, lui répondait :

— Parce que je désirais te rassurer tout de suite. Tu vois, je suis déjà mieux. Et Jeanne qui ne voulait pas me laisser sortir !

Ronçay tendit la main à la brave fille qui avait accompagné sa maîtresse à la gare, et bien vite ils montèrent tous les trois en voiture pour retourner à