Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/30

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comme tu m’aimes ! Car tu m’aimes toujours, n’est-ce pas ?

Sans répondre, le sculpteur la prit sur ses genoux, l’enlaça avec tendresse, mais doucement, comme il eût fait d’un enfant, appuya ses lèvres sur ses paupières demi-closes, et ils restèrent ainsi pendant de longs instants, pressés l’un contre l’autre, mais sans échanger une parole. On eût dit qu’ils craignaient de troubler cette étreinte, presque douloureuse cependant, par un mot, un seul, qui les eût ramenés du rêve, évocation d’un passé de bonheurs ineffables, à la réalité, seuil d’un avenir qu’ils redoutaient.

Ce fut Éva qui revint à elle la première, et cela brusquement, comme sous le choc d’une pensée soudaine. Alors elle saisit fiévreusement la tête de Gilbert entre ses mains, lui couvrit le visage de baisers rapides, nerveux, passionnés, et, se relevant tout à coup, elle lui jeta ces deux mots : « Je t’aime ! je t’aime ! » avec l’expression d’angoisse d’un adieu déchirant, puis elle s’esquiva si vite qu’il n’eut pas le temps de la retenir.

Après ce départ si subit, Ronçay demeura tout interdit pendant quelques secondes, puis, la physionomie bouleversée, il quitta son siège et s’en fut à la fenêtre, qu’il ouvrit et où il s’accouda, éprouvant un bien-être infini à sentir la pluie, qui commençait à tomber, lui fouetter le visage.

Il était là depuis déjà longtemps, absorbé dans ses pensées, inconscient de ce qui se passait autour de lui, suivant d’un œil distrait les transformations in-