Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/348

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le docteur, profondément ému, hésita un instant à lui répondre.

Alors il reprit aussitôt, d’une voix ironique :

— Ah ! tu le reconnais toi-même, le fardeau est trop lourd pour des épaules humaines ; j’ai bien le droit de mourir en même temps qu’elle, comme je lui ai promis de le faire !

— Non pas ! répliqua vivement Raymond, redevenu maître de lui. Tu aurais l’air d’un soldat qui, après avoir fait bravement campagne à la recherche de l’ennemi et risqué cent fois sa vie dans des escarmouches, déserterait à la veille de la bataille décisive. Car c’est ce qui se passe ici : notre pauvre amie subit en ce moment une double crise, crise morale et physique. Elle peut en sortir victorieuse, si nous ne l’abandonnons pas, toi surtout !

— Moi ! Quel courage puis-je avoir ? Oublies-tu donc que la torture que m’inflige Éva vivante n’est pas moins atroce que celle à laquelle me condamnera sa mort ? Depuis son pèlerinage au Vatican, elle n’est plus à moi, mais toute à Dieu ! Quand j’approche mes lèvres des siennes, elle détourne la tête. Si j’insiste, renouvelant ma tentative, elle me regarde d’un air suppliant. Je tremble de lui déplaire, et alors je repose ma bouche avide sur ses grands yeux cernés par la douleur et sur lesquels retombent ses longs cils, comme pour les protéger contre mes trop brûlantes caresses, ainsi que les grilles du cloître défendent les vierges de tendres étreintes. Parfois au contraire je la repousse presque bruta-