Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/349

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lement et je me sauve affolé de désirs, en maudissant sa chasteté mystique ; car je l’aime, je la voudrais encore, toujours, comme autrefois ! Si je restais près d’elle en ces moments-là, je deviendrais un misérable, un lâche, un sacrilège ! De son pauvre corps, brisé et purifié par la souffrance, je tenterais de faire un instrument de plaisir bestial ! N’est-ce pas horrible, et comme elle aurait mieux fait de m’empoisonner depuis longtemps ! Dans ces combats d’où je sors inassouvi, je finirai par laisser ma raison !

— Tu garderas ta raison et tu ne mourras pas, parce que tu as le devoir de vivre !

— Le devoir, toujours le devoir !

— Que deviendrait ta fille si elle restait seule ? Mme Bertin est déjà vieille. Ce n’est pas dans la famille de Tiessant que Blanche trouverait des protecteurs.

— J’ai pourvu à l’avenir de la chère petite. J’ai fait un testament par lequel je lui laisse ma fortune.

— Et qui l’aimera ?

— Est-ce que je sais, moi, si, la mère partie, mon cœur ne se desséchera pas à ce point que toute affection lui sera impossible ?

— Gilbert !

— Oui, cela est épouvantable et j’en ai honte. Mais Éva elle-même, est-ce qu’elle songe à sa fille ?

— Si triste que cela soit, Mlle de Tiessant est excusable. Elle est folle et ne pense qu’à toi !

— Étrange, vraiment étrange ! Cette malheureuse, si bonne, si croyante, elle qui éloigne ses lèvres des