Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/375

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cela ! Quelque chose l’épouvante !… Oh ! tais-toi, tais-toi !

Il mettait sa main sur ses lèvres et l’embrassait en même temps, lui demandant pardon ainsi d’employer cette violence pour l’empêcher de parler ; mais il n’osait lui fermer tout à fait la bouche et le souffle d’Éva glissait entre ses doigts pour redire impitoyablement :

— Quelle horreur, quelle horreur !

Alors, absolument fou, le créole se releva et, saisissant sur une table une fiole de morphine, il s’écria :

— Je ne veux pas qu’elle parle ainsi ; je ne veux plus l’entendre !

Raymond n’eut que le temps de lui enlever le flacon. Il allait le vider en partie entre les lèvres de son amie et absorber le reste !

Ensuite il le prit à bras-le-corps et voulut l’entraîner ; mais Gilbert résista et, tombant à genoux près du lit, supplia qu’on le laissât là, jusqu’à la fin.

Éva lançait toujours les mêmes mots, dans une sorte de hoquet, et ses doigts se crispaient sur ses couvertures, mais en réalité elle ne souffrait pas. Elle était sous l’influence de troubles de circulation cérébrale qui produisent souvent les plus étranges phénomènes au cours des agonies. Les petites convulsions qui l’agitaient avaient pour siège l’organe de la parole, de même qu’elles auraient pu se produire dans toute autre partie du corps, mais sans que la volonté y eût aucune part, sans que la sensibilité existât.