Page:René de Pont-Jest - Le Serment d’Éva.djvu/62

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gardait en haussant les épaules, elle surprit le regard dur que son père arrêtait sur elle.

Alors, brusquement, le voile d’ignorance qui enveloppait sa chasteté sembla se déchirer. On eût dit qu’elle avait soudain compris ; elle se sentit saisie par une horrible angoisse ; une répulsion inconsciente, irraisonnée, mais immense, douloureuse, envahit son âme et troubla sa chair. Il lui parut qu’elle était sur le bord d’un abîme où quelque monstre hideux la guettait pour en faire sa proie, et, poussant un gémissement d’oiseau mortellement blessé, elle se cacha le visage entre les mains comme pour se préserver de toute souillure, pour ne plus voir, et s’enfuit !

— Petite sotte ! fit de Tiessant rouge de colère et peut-être aussi de honte.

Puis, s’adressant à sa femme, qui n’osait dire un mot :

— Va retrouver ta fille. Dis-lui que toutes ses grimaces m’irritent au lieu de m’apitoyer, et pour ne pas avoir à revenir sur ce sujet, pour qu’elle sache bien ma volonté formelle, ajoute que M. Noblet m’a demandé sa main et que je la lui ai accordée. Tu sais quelle est ma situation envers lui. C’est un honnête homme, il aime beaucoup Éva, il la rendra heureuse, et nous sortirons enfin des difficultés épouvantables qui nous accablent.

— Mais, Louis, elle n’a pas seize ans, hasarda la pauvre mère, en étouffant un sanglot, et nous n’avons plus d’autre enfant. Si la petite nous quitte,