Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/102

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L’évolution la plus singulière qui se soit jamais produite dans une démocratie s’opérait dans son sein. L’ecclesia, la réunion libre de personnes établies sur un pied d’égalité entre elles, est la chose démocratique par excellence ; mais l’ecclesia, le club, a un défaut suprême qui fait que toute association de ce genre se détruit au bout d’un temps très-court ; ce défaut, c’est l’anarchie, la facilité des schismes. Plus mortelles encore sont les luttes de préséances[1] au sein de petites confréries fondées sur une vocation tout à fait spontanée. La recherche de la première place[2] était le mal par excellence des Églises chrétiennes, celui qui causait aux simples fidèles le plus d’ennui. On crut prévenir le danger en supposant que Jésus, dans de pareilles circonstances, prenait un enfant, et disait aux parties contendantes : « Voilà le plus grand. » À diverses reprises, assurait-on, le maître avait opposé la primauté ecclésiastique, toute fraternelle, à celle des dépositaires de l’autorité profane, habitués à prendre le ton de maîtres[3].

  1. Φιλοπρωτεύειν, III Joh., 9 ; Clem, Rom., Epist. I, c. 44. — Φιλοκαθεδροῦντος τολμηροῦ, Epist. Clem. ad Jac., 3. — Cf. I Tim., iii, 1 ; les passages synoptiques, Matth., xxiii, 6 ; Marc, xii, 39 ; Luc, xi, 43 ; xx, 46 ; Tertullien, Adv. Val., 4 ; Épiph, xlii, 1.
  2. Πρωτοκαθεδρία. Hermas, mand. xi, 12.
  3. Marc, ix, 32 et suiv. ; x, 42 et suiv. ; Matth., xviii, 1 et suiv. ; Luc, xxii, 24 et suiv.