Page:Renan - Histoire des origines du christianisme - 6 Eglise chretienne, Levy, 1879.djvu/103

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Mais cela ne suffisait pas, et l’association chrétienne était menacée d’un grand péril, si une institution salutaire ne venait la sauver de ses propres abus.

Toute ecclesia suppose une petite hiérarchie, un bureau, comme l’on dit aujourd’hui, un président, des assesseurs et un petit personnel de serviteurs. Les clubs démocratiques ont soin que ces fonctions soient aussi limitées que possible quant au temps et aux attributions ; mais il résulte de là quelque chose de précaire, qui fait que jamais club n’a duré au delà des circonstances qui l’ont créé. Les synagogues ont eu beaucoup plus de continuité, bien que le personnel synagogal ne soit jamais arrivé à être un clergé. Cela tient à la situation subordonnée que le judaïsme a eue durant des siècles ; la pression du dehors combattait les effets délétères des divisions intérieures. Livrée à la même absence de direction, l’Église chrétienne aurait sans doute manqué ses destinées. Si l’on eût continué à envisager les pouvoirs ecclésiastiques comme émanant de l’Église même[1], celle-ci eût perdu tout son caractère hiératique et théocratique. Il était écrit, à l’inverse, qu’un clergé accaparerait l’Église chrétienne, se sub-

  1. Certaines paroles de Jésus (Matth., xviii, 17-20), semblaient impliquer une pareille idée. Mais il faut se rappeler que Matthieu seul met dans la bouche de Jésus le mot ecclesia.